BOMBON ÉTAIT UN VILLAGE OCCUPÉ

Une centaine de soldats allemands avec leurs officiers habitaient les quelques maisons laissées vides, et même certains d'entre eux se logeaient chez des Bombonnais. Pourtant Charles et Madeleine GAGNON prirent le risque d'héberger des enfants juifs.

Madeleine était nourrice agréée par l'Assistance publique et son métier lui permettait d'accueillir des enfants, mais avec les lois anti-juives de Vichy certainement pas des enfants juifs. Charles GAGNON était berger. Ils risquaient leurs vies car ils pouvaient être dénoncés à la Milice.

Ils avaient une fille unique Denise GAGNON-THÉBAULT, déja adulte, mariée et mère de deux enfants Jean-Pierre et Michelle. Elle vivait et travaillait en usine à Paris.

Comment les enfants juifs sont arrivés à Bombon ?

La famille BERNSTEIN, le père, la mère et leurs deux enfants, Léon 12 ans et Jacqueline 9 ans avaient été arrêtés pendant la Rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942. Les parents étaient originaires de Kichinev en Moldavie (Bessarabie) Ils avaient émigré en France à la suite de l'affreux pogrom de 1903, lui était tailleur d'habits et elle couturière. Monsieur BERNSTEIN montra ses papiers à un policier qui relâcha Madame BERNSTEIN et les deux enfants, justifiant son geste bienveillant en disant " Ils ne devraient pas être là ce jour-là".  Madame BERNSTEIN rentra chez elle 1 rue Boyer (20e Ardt) avec ses enfants et confia son désaroi à sa voisine Mariette HAU. Celle-ci avait son cousin Raymond, vacher de profession qui habitait Bombon et travaillait dans une ferme. Mariette HAU convainquit madame BERNSTEIN de lui confier les enfants chez elle, puis au bout d'une semaine de les emmener à Bombon. Mariette expliqua à Raymond qu'elle cherchait une famille sûre et sérieuse pour lui confier les enfants et celui-ci leur fit rencontrer Madeleine GAGNON (née LAURENT) qui accepta de les accueillir et de s'en occuper.

En plus de Léon et Jacqueline BERNSTEIN elle recueillit aussi trois autres enfants juifs, les deux enfants MULLER, Maurice 5 ans et Raymonde 2 ans. Elle les éleva avec le petit Jeannot 2,5 ans juif aussi et dont le nom de famille n'est pas connu et avec sa propre petite fille Michelle THÉBAULT. Il faut savoir que le gendre des GAGNON devait être réquisitionné pour le STO (Service du Travail Obligatoire en Allemagne) et avait pris le maquis pour s'y soustraire. Son petit fils Jean-Pierre THÉBAULT venait aussi en vacances.

gagnon1 Charles et Madeleine Gagnon avec les enfants. Les grands Jean-Pierre et Léon, Jacqueline et Michelle, puis Maurice, Raymonde et Jeannot et quatre enfants plus jeunes.(collection familiale)

Madeleine donnait beaucoup d'amour aux enfants, qui le lui rendaient bien. Elle créait une ambiance qui les sécurisait. Seuls les enfants BERNSTEIN, les plus âgés, furent scolarisés, ainsi que Michelle.

gagnon3 Photo de classe de Jacqueline Bernstein entourée de ses camarades Bombonnais et leur instituteur Monsieur Adrot.(École de Bombon). Jacqueline est au centre de la photo la tête légèrement penchée. Quelques noms de ses camarades de classe: Gérard et Simone Desbordes, Bernadette Masson, Jeanine Petit, Claude et René Pieuchot, Bernard Pro, André Rocher, Annick Thevenin, Monique et Renée Toupenet.

Les voisins savaient, d'autres Bombonnais avaient deviné sans qu'on le leur dise que les enfants étaient juifs, mais tous ont su rester discrets.

La difficulté était de se procurer de la nourriture pour tout ce petit monde. Les cinq enfants juifs n'avaient pas de carte d'alimentation. Cela obligeait à cultiver un potager, à élever volailles et lapins. Charles et Madeleine GAGNON avaient de grosses journées, Charles sentait les effets de l'âge, plusieurs Bombonnais les ont aidés.

Madame BERNSTEIN fut arrêtée à Paris, déportée dans l'Est, elle est morte dans un camp. Les deux enfants BERNSTEIN étaient orphelins mais avaient échappé à la déportation grâce au courage d'une famille de Bombon, celle des GAGNON.

A la Libération, Madeleine GAGNON garda Jacqueline BERNSTEIN chez elle en attente de son adoption qui se fera vers 1947. Elle était veuve, son mari Charles GAGNON est décédé à 67 ans le 22 mai 1945.

Madeleine GAGNON disparaitra à son tour à 62 ans le 5 mars 1954. 

Charles-Gagnon-62

Léon BERNSTEIN et Jacqueline BERNSTEIN-PECASSOU vont faire des démarches pour que ceux qui les avaient sauvé de la mort, Madeleine et Charles GAGNON soient reconnus Justes et que leur nom figurent gravés dans la pierre du monument de YAD VASHEM à Jérusalem. Un dossier n° 10535 fut constitué. Des témoignages furent recherchés. La fille de Charles et Madeleine fut associée à ces témoignages. 

Le 3 mars 2005, Yad Vashem a décerné à Madeleine et Charles Gagnon le titre de Juste des Nations

Une cérémonie fut organisée en Mairie de Bombon le 27 novembre 2005 devant une assistance particulièrement émue; Denise GAGNON-THÉBAULT 82 ans reçut la Médaille des Justes décernée par l'Institut Yad Vashem en hommage à ses parents Charles et Madeleine GAGNON pour avoir caché cinq enfants juifs à Bombon, au péril de leur vie.

Jean-Charles LEVYNE, délégué du comité français Yad-Vashem, a souligné « le courage du couple Gagnon » et a remis à Denise la plus haute décoration de l'Etat d'Israël. Simone VEIL, ancienne ministre et responsable de la fondation pour la mémoire de la Shoah avait prévu de venir à cette cérémonie, mais s'était fait excuser en adressant une lettre pour saluer leur courage.

P. Gilleboeuf, journaliste du parisien a fait des interviews à cette occasion: de Léon Bernstein, le plus âgé des enfants juifs, de Denise la fille des Gagnon et de leurs deux petits enfants

Pour Léon c'était les 3 années les plus heureuses de sa vie: « Tout a démarré le 16 juillet 1942 à Paris, le jour de la rafle du Vel'd'Hiv. J'avais 12 ans. Mes parents, moi et ma soeur avons été arrêtés par les gendarmes et enfermés dans le bâtiment d'une coopérative. Mon père a réussi à négocier notre libération, miraculeusement. C'est une voisine qui nous a emmenés chez son cousin qui travaillait dans une ferme à Bombon. Puis nous avons été hébergés chez Madeleine et Charles Gagnon. Nous sommes passés de la terreur à une douce humanité. J'ai passé à Bombon les trois années les plus  heureuses de ma vie, alors que nous ne devions pas échapper aux camps de la mort. Nos parents, eux, n'en sont jamais revenus. Après, à la Libération, nous avons pu mener une vie normale. »

Denise Gagnon-Thébault devenue tourangelle témoigne aussi. « Ma mère était nourrice. Elle accueillait beaucoup d'enfants de l'Assistance Publique. Accueillir Léon, Jacqueline, Raymonde et Maurice Muller, et Jeannot, ces cinq enfants juifs, cela ne faisait aucune différence pour elle. D'ailleurs, elle n'a jamais demandé aucune récompense. Mon père était de la même trempe". 
Les enfants de Denise, Jean-Pierre et Michelle THÉBAULT ajoutent: "Nous avons grandi avec ces enfants juifs. C'était comme une colonie de vacances. Grâce à la complicité de nombreux habitants de Bombon, nos grands-parents n'ont jamais eu d'ennui. »
Le village de Bombon peut s'enorgueillir d'être l'un des rares villages de Seine et Marne à compter des Justes des nations dans son histoire. Deux justes à Bombon pour 37 en Seine et Marne. Des Justes ont été médaillés dans 20 communes alors qu'il y en a 518 dans le département dont certaines bien plus importantes. Cinq enfants sauvés de la mort dans un village protecteur.

Les personnes qui auraient d'autres témoignages, photos ou documents sur l'accueil des enfants juifs par les Bombonnais peuvent ajouter des commentaires, notamment pour retrouver la trâce des enfants Muller et du petit Jeannot. Nous feraient-ils l'agréable surprise de se manifester aux Bombonnais sur le blog ? Les uns et les autres peuvent aussi communiquer ce qu'ils voudraient partager en écrivant au blog: bombon77720 (arobas) free.fr