La presse d’avril 1935 met les phares sur Bombon

Un Tchécoslovaque qui travaille et vit à Bombon vend sa fille à des nomades.

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Jean Izacovic, Tchécoslovaque venu en France avec sa femme en 1928 comme ouvrier agricole, erra de ferme en ferme jusqu’en septembre 1934 où il fut engagé à Bombon  par M. Vallé qui lui trouva un emploi d'ouvrier de culture dans sa ferme. Il put ainsi se fixer à Bombon avec sa famille: trois filles, dont une de deux ans et un bébé.

Mais le couple se  sépare et Jean Izacovic vit avec une autre femme, Tchécoslovaque aussi, qui a deux enfants.

Que sont devenus la femme d'Izacovic et leurs trois enfants ? Deux sont partis avec leur mère. Jean Izacovic a cédé l’autre à un nomade.

Jean Izacovic s’explique à la presse: “Ma femme m’a déjà quitté sept ou huit fois, elle est toujours revenue.” Quant elle part c’est pour aller vivre avec Paul Strba qui demeure à Rouvray. "Elle est partie la première fois avec l’aînée et le bébé et m’a laissé Joséphine qui a deux ans. Je me suis mis en ménage avec la femme de Paul Strba qui est maintenant à Bombon avec ses deux enfants."

Au début du mois de mars des forains se sont arrêtés à Bombon qui ont proposé d’emmener des enfants avec eux. "Ma compagne m’a amené le forain M. Capelot. Comme un ouvrier de culture ne gagne que 18 francs par jour, je ne pouvais pas payer la nourrice pour la petite Joséphine. J’ai accepté de la confier à M. Capelot qui voulait l’emmener le jour même.”

Mais moi j’ai voulu voir l’adjoint au maire M. Decaux  et officiellement devant lui, j’ai le lendemain 8 mars cédé ma fille.  M. Capelot m’a donné 20 francs pour être allé à Maincy, chercher l’acte de naissance de Josephine et il l’a emmenée tout de suite. Elle sera bien mieux soignée par lui que par moi.”

Mais certains bruits couraient, le forain aurait acheté la petite Joséphine pour 1200 francs. Une enquête fut diligentée.

Plusieurs s’étonnaient de l’attitude de l’Adjoint au maire de Bombon, M. Decaux. Comment s’accordait-il avec la loi punissant les abandons d’enfants ?

La presse titrait: “Un marché aux gosses se tient-il à Bombon ?”

Un mois plus tard, le 4 mai, les gendarmes de Méru en tournée à Bornel dans l’Oise aperçurent un campement de forains qu'ils contrôlèrent et voyant qu’une fillette ne se trouvait pas sur le livret de famille interrogea le forain. Capelot déclara avoir un contrat régulier avec Izacovic. Le Parquet de Melun n’ayant pas constaté de délit de la part de Capelot, confia néanmoins la petite Joséphine à l’assistance publique. Les gendarmes ont constaté que la fillette était bien soignée et en bonne santé.

Izacovic devait cependant s’expliquer car un article du code penal punit de six mois à deux ans d’emprisonnement les parents qui auront cédé leurs enfants de moins de 16 ans à des saltimbanques.

Mais Jean Izacovic se défend en disant qu’il n’a ni cédée, ni vendue sa fille, mais l’a seulement confiée.

Le journal Le Petit Grégoire du 17 avril 1935, pointe le vide juridique :

Les magistrats expliquent que “vente “ et  “abandon” ne sont pas la même chose: il y a une nuance.

Inouï! … Le code penal s’occupe de tous les marchés sans exception, mais l’enfant n’est pas catalogué au Ministère du Commerce parmi les marchandises dont on surveille les déplacements!...

Georgette-Lubinsky-Bombon-avril-1935

Le litre de vin, la douzaine d’oeufs, le tronc d’arbre, le coq de bruyère sont protégés par la jurisprudence.. pour passer à un voisin un seul mêtre carré de terre glaise, vous réclamez l’assistance d’un notaire… Les tractations relatives aux valeurs côtées en Bourse exigent l’intermédiaire d’un agent de change… Quant à la personne humaine, quantité négligeable, rien ne la défend contre les fantaisies d’un propriétaire qui travaille de la perruque…

Qui peut le moins, peut le plus… Verrons-nous bientôt des gendres enhardis par ce précédent, offrir leur belle-mère sur le champ de foire moyennant une somme rondelette ?

L’Hypothèse est stupide ? Pas d’avantage je vous le jure, que l’enchère organisée à Bombon l’autre jour.

Quelques semaines plus tard, un autre cas était découvert. Celui de la petite Helena Fabinsky confiée au couple Lussinsky.

Grace à cet événement Bombonnais, le législateur a comblé le vide juridique en précisant la loi sur la protection de l’enfance.