2eBCP-fanion

17 OCTOBRE 1914 - 17 OCTOBRE 2014 ?

Trois Bombonnais du 2e Bataillon de Chasseurs à pied combattirent dans la même unité avant de perdre la vie pour défendre la patrie. Il est probable que d'autres Bombonnais ont combattu à leurs côtés, ont vécu le même enfer mais ont eu la vie sauve. Certains sont revenus blessés ayant perdu un parent, un ami. Peutêtre reste-t-il encore des souvenirs de ce Bataillon dans les maisons de Bombon ?

Tous les trois sont tombés en différents lieux:

Fulgence Jozon, le 17 octobre 1914 à Monchy-au-Bois (Pas de Calais)
Paul Siméon, le 30 décembre 1914 à Zillebeke (Belgique)
Maurice Bûcheron, le 30 septembre 1915 à Rouvoy-Ripont (Marne).
Lors de la déclaration de guerre le 2e Bataillon de Chasseurs à pied était stationné à Lunéville depuis une trentaine d'années. Excepté les officiers, qui venaient de toutes les régions de France, la plupart des sous-officiers étaient Lorrains, mais parmi la troupe, les chasseurs venaient principalement de Lorraine et de Seine-et-Marne.
Le village de Bombon fut durement éprouvé et connut des veuves, des orphelins et des parents en deuil, des amitiés et des amours brisées.
Fulgence Jozon était le deuxieme fils d'Alexandre Athanase Jozon et de Louise Delâtre de Champeaux. Son frère Eugène avait 7 ans de plus que lui et ils avaient des frères et des soeurs plus jeunes.
Fulgence s'était marié le 21 janvier 1911 avec une Bombonnaise, Rachel Legras. Ainsi ils furent brutalement séparés après seulement 3 ans et demi de mariage.
Paul Siméon était fils d'Alexandre Siméon, cultivateur à Bombon et d'Eugénie Florentine Simon. Paul s'était marié en mai 1911 à Céline, Apoline Boutillier, fille du régisseur du château de Bréau. Elle devint veuve à 23 ans. 
Adrien Maurice Bûcheron était fils d'Alexandre Bûcheron, charron à Bombon et de Adelaïde Taboulet. Il n'était pas marié mais avait une jeune soeur Gabrielle. Il est mort pour la patrie à seulement 19 ans.
Les combats furent terribles:
Fulgence Jozon a vécu des combats victorieux mais très durs et a perdu la vie avec d'autres camarades du canton 
Début octobre le chroniqueur rapporte: 
"À 16 heures, l'attaque part magnifiquement sans attendre le secours de l'artillerie, sous un feu bien dirigé très meurtrier. On ne voit pas l'ennemi, mais on le sent tout près. Les sections au coude à coude, enlevées par leurs chefs, progressent rapidement.
L'assaut se poursuit au pas de course, sans arrêt.
Tout à coup, les lueurs des coups de feu apparaissent derrière les touffes d'herbe et les maigres buissons qui bordent le talus d'un chemin creux. On en est à 50 mètres à peine. La respiration s'arrête ! Les coeurs se serrent ! Un cri: En avant ! Comme un éclair l'hésitation disparait. "En avant" Un bond, c'est la ruée, le corps à corps. L'ennemi très brave reçoit le choc. Des coupos de fusil tirés à bout portant, le bruit sourd de la mêlée, des poitrines trouées, des râles, des corps qui tombent et s'abattent ! Puis tout se tait, le silence, c'est fini !
Le capitaine Luc et les sous-lieutenants Hulot, Mordelet de Gineste, Marchand, Bancelin sont hors de combat. Le sergent-major Christophe est tué., le sergent-major Méda est blessé.
Plus de 140 Bavarois gisent au fond du chemin creux. Haletants, ivres, à bout de souffle, les chasseurs maîtres du champ de bataille contemplent le carnage.
Deux cent soixante-treize des nôtres sont hors de combat.
Le 37e RI a enlevé Chaignes, les coloniaux progressent, l'ennemi est en fuite."
Quelques jours plus tard, le 2e Bataillon de chasseurs a un nouveau chef:
L'attaque devait partir des lisières de Fonquevilliers, mais ce village même n'était pas encore réduit. Au centre, un îlot de résistance permettait aux Allemands de tenir en échec nos troupes occupant la périphérie. La 2e compagnie fut alors chargée de réduire cet îlot.
L'investissement fut resséré dans la soirée même. Le 12 octobre un canon de 75, amené à bras pendant la nuit fit une brêche dans les murs de la ferme constituant le noyau central de la résistance allemande. À la faveur de ce tir d'artillerie deux de nos sections pénétrèrent dans les bâtiments par deux issues différentes. La ferme fut occupée, mais il fallait renoncer à en sortir. Les Allemands, embusqués derrière des haies, tiraient sur tout ce qui se montrait. Une de nos sections longeant un couvert derrière lequel se trouvait l'ennemi fut fusillée à bout portant. Quelques hommes seulement réussirent à s'échapper.

fonquevilliers-1914

Cependant la rue principale de Fonquevilliers était dégagée, les deux autres sections avancent de maison en maison et parviennent le lendemain à nettoyer complètement le village, grâce à une reconnaissance personnelle du capitaine de Grosville qui avait réussi à découvrir le dernier refuge des assiégés. Il fut fait 24 prisonniers dont deux officiers qui appartenaient aux 16e et 17e Bavarois, à la Garde et à différents régiments prussiens.
La prise de Fonquevilliers permit, le soir même du 13 octobre de repousser deux violentes attaques des allemands aux abords du village grâce aux dispositions prises.
Le lendemain soir une nouvelle tentative allemande sur les lisières sud du village fut un échec.
La 2e compagnie, fière de son succès rejoignit les cinq autres compagnies du bataillon à Berles-aux-Bois dans la soirée du 15 octobre.

Monchy-Hannescamps-2eBCP

Le bataillon, tout en organisant la défense de Berles-aux-Bois, envoyait dès le 14 des éléments légers vers Monchy pour reconnaitre ses abords. Hannescamps venait d'être repris par les français (69eRI).
L'attaque de Monchy devait être lancée le 17 octobre.
Le capitaine Chaton poursuit son récit:
"Les 15 et 16 nos reconnaissances tâtent les abords du village et déterminent à peu près la ligne des retranchements flanqués de mitrailleuses, et précédés de défenses accessoires. L'ensemble très solide, masqué par des haies et des vergers s'adossait aux maisons. C'est lors de ces reconnaissances qu'un camarade de Jozon, le soldat Lucien Labiche, originaire de Chaumes-en-Brie fut tué.
Pour enlever une pareille position, il eut fallu le concours d'une artillerie puissante écrasant le village et bouleversant ses travaux de défense. Notre 75, excellent certes, et quelques canons lourds dont nous disposions, ne pouvaient suffire dans un cas semblable.
Cette vérité élémentaire n'était pas admise à l'époque, et une folie héroïque poussait notre infanterie - irrésistible dans un assaut en rase campagne - contre les organisations matérielles sur lesquelles elle se faisait décimer.
Le commandant de Pighetti n'avait pas manqué de faire remarquer la difficulté de la tâche en raison même de la nature de l'obstacle.
Néanmoins, l'attaque prévue se déclencha le 17 à 15 heures, après une préparation d'artillerie de 15 minutes.
Le bataillon (2eBCP) , en liaison avec les troupes voisines, partit d'une petite dépression au nord-ouest de Monchy-au-Bois, déboucha sur un véritable glacis, et progressa néanmoins sous le feu meurtrier de la défense allemande, jusqu'à 300 mètres des lisières sans pouvoir aller au delà. Les unités se retranchèrent sur place. C'est là que Fulgence Jozon de Bombon fut tué, mais son corps ne fut pas retrouvé.
L'opération fut reprise le lendemain et les jours suivants. Du 17 au 26 octobre, neuf attaques furent exécutées, cinq contre-attaques furent repoussées sans qu'aucun résultat sérieux fut obtenu de part et d'autre. Un autre camarade de Fulgence le soldat Ernest Goyot de La-Chapelle-Gautier périt le 24.
Les assaillants resserraient à la sape leur étreinte un peu tous les jours, mais la puissance de feu de la défense allemande les maintint malgré tout après chaque assaut à distance respectueuse.
Le bataillon, pour la première fois, fit la couteuse expérience de l'impuissance des plus sublimes sacrifices devant des retranchements précédés de réseaux intacts, occupés par un ennemi pourvu d'organes de feu puissants.
Au cours d'une reconnaissance dans la journée du 23 vers 10 heures, le commandant de Pighetti fut mortellement atteint par un shrapnel. Il expirait à Amiens le 31 octobre.
Les chasseurs ignorèrent heureusement à ce moment la gravité de la blessure de leur chef. Une semaine plus tard, ils furent douloureusement impressionnés par la nouvelle de sa mort. 

Pighetti-rivasso-2eBCP

Le commandant de Pighetti de Rivasso, descendant d'une illustre famille italienne venue en France vers la fin du XVIIe siècle, tombait prématurément en pleine gloire. Coeur ardent, esprit très cultivé et lettré délicat, il alliait à ses brillantes qualités militaires les dons d'un écrivain de talent.
Patriote passionnément, il était aussi, dans le sens le plus élevé du mot, profondément chasseur.
"Il voyait dans l'esprit de corps, une émulation féconde et non une vaine et stérile rivalité.
"Quand la guerre éclata, il l'attendait depuis 23 ans, il était prêt."
Ce fut d'abord la marche triomphale à la tête de son groupe cycliste, jusqu'à Gosselming, où il décrocha une première citation.
Puis, c'est la retraite. Ne lâchant pas l'ennemi d'une semelle, et lui faisant payer cher son avance sur notre territoire, il prend une part des plus brillantes à l'éclatante revanche de Rozelieures où il est blessé et mérite son quatrième galon.
"Vingt jours plus tard, boîtant crânement, s'appuyant sur sa canne, il est à la tête du bataillon." Ce sont alors les belles et rudes journées de Chuignes, Carnoy, Mametz, Fricourt, Parvilliers et enfin Monchy-au-Bois, où il est enlevé à l'affection de ses chasseurs et à l'admiration de ses chefs.
Le bataillon perdait en même temps le capitaine Trichot, le bras droit du commandant. Blessé très grièvement, il devait succomber plus tard à Amiens. Le sous-lieutenant Favre était tué. Le lieutenant Raoult était grièvement blessé. L'adjudant-chef Holveck, les adjudants Barrata et Blanpied étaient tombés à la tête de leurs sections.
Le bataillon commandé provisoirement par le capitaine de Grosville, fut relevé dans la nuit du 26 octobre par un bataillon du 69e Régiment d'Infanterie.
Épuisé par une lutte sans répit, ayant perdu presque tous ses cadres en officiers et sous-officiers, il alla en réserve de division, puis de C.A. à La Gauchie et à Lahéritière où il se réforma hâtivement."
30 décembre 1914 - 30 décembre 2014 ? Paul Siméon
Le 2e Bataillon de Chasseurs à pied avait été transporté vers la côte Atlantique pour contrer la tentative de débordement de l'ennemi par l'ouest.

2°BCP-Ypres-Simeon

Le 29 décembre, le 2e bataillon de chasseurs à pied était sous le commandement supérieur du 16e corps. Il fut chargé de tenir et organiser la Cote 60, petit mouvement de terrain au sud-est d'Ypres, compris entre la voie ferrée d'Ypres à Commines et le hameau de Zwartelen. Ce monticule fait partie d'une série de petites élévations de forme concentrique, qui dominent la cuvette d'Ypres au sud-est, de 30 à 40 mètres environ. La Cote 60 en est le point culminant, sa possession est indispensable pour la conservation de la ville, dont elle n'est distante que de 5 kilometres. Elle avait été l'objet des plus âpres disputes au cours de la bataille d'Ypres. C'était un véritable cimetière, tant les cadavres français, anglais et allemands y étaient nombreux. Beaucoup, à demi enfouis, gênèrent dans la suite les travaux d'organisation.
Le sommet était entre les lignes, séparées par 50 mètres à peine, parfois même plus rapprochées. Aucun des deux adversaires ne possédait la crête militaire, aussi ce secteur était extrêmement délicat.
La droite du bataillon s'appuyait à un pont de pierre, jeté sur la voie ferrée, qui courait au fond d'une tranchée profonde, prise d'enfilade de part et d'autre par des mitrailleuses.
La partie supérieure de la tranchée, masquée par le pont, était taillée en corniche.

Ypres-2eBCP

Cette particularité avait permis d'y creuser une série de niches-abris dont l'une servait de P.C. La corniche permettait la circulation même en plein jour, à 100 mètres de l'ennemi. La gauche du bataillon occupait Zwartelen.
Les chasseurs terminaient l'année 1914 et entraient dans l'année 1915 en organisant pour la première fois un secteur défensif au contact rapproché de l'ennemi. C'est là, à Zillebecke que le Bombonnais Paul Siméon perdit la vie. Les allemands se sont servis d'un nouveau projectile dont la définition était inconnue. Ces projectiles se lancent à environ 200 mètres au maximum, et sont vus au moment où ils sont en l'air. Ils vacillent puis explosent au-dessus des têtes avec un très fort déplacement d'air. Plusieurs furent victimes de ces engins inconnus alors, dont ils surent plus tard le nom de "torpilles".
Le 11 avril, le bataillon défila dans la parc du château d'Elverdinghe, devant M. Poincaré  Président de la République, ancien officier de réserve au 2e BCPM. Poincaré était accompagné  de M. Millerand, ministre de la Guerre.
30 septembre 1915 - 30 septembre 2015 ? Maurice Bûcheron.
Au printemps le bataillon fut transporté dans la Marne, bien plus à l'Est. 

Ripont-Rouvroy-2eBCP

Le 28 septembre le 2e BCP relevait une autre unité sur une position à 1500 mètres environ au sud de Rouvroy. Cette position commandait le ravin de l'Etang et donnait des vues sur la vallée de la Dormoise. Le centre du bataillon se trouvait à la jonction du chemin de terre, venant de la Cote 199 à la route de Cernay. La base de départ était constituée par ces deux chemins. 
L'attaque se déclencha le 30 au petit jour.
Le centre et la gauche franchirent rapidement les premières et deuxièmes lignes ennemies. poursuivant les tirailleurs allemands qui s'enfuyaient vers le nord, et réussissaient à faire une centaine de prisonniers, cueillis dans des abris attaqués à la grenade.
Quatre sections, entraînées par leur élan, poussèrent plus loin, dévalèrent les pentes nord, s'emparèrent d'un poste de secours et arrivèrent  jusqu'à des batteries dont les servants prirent la fuite, en voyant déboucher cette attaque. 
Plusieurs d'entre eux furent abattus à coups de révolver par l'aspirant Duheim.
A ce moment une violente contre-attaque, partant du bois Marteau, un peu à l'ouest  de la ferme Chausson, se produisit sur notre flanc droit.
Le 2e BCP trop en flêche dut se  replier, il lutta désespérément pour garder une partie du terrain conquis, après avoir consenti de lourds sacrifices. 
La 4e compagnie du bataillon placée à la droite du dipositif, avait été complètement écharpée. Elle avait fait face à la contre-attaque dès le début. Mais elle ne put empecher le coin ennemi de s'enfoncer dans le coin du bataillon.
L'action se concentra dès lors sur la route de Cernay. C'était un chemin creux organisé.
La lutte fut épique, un groupe énergique et farouche, soutenu par des tirailleurs et quelques mitrailleurs ayant à leur tête le capitaine de Menthon, se mit en devoir d'élever une barricade au milieu de ce chemin. Le barrage fut établi sous une fusillade et défendu par une mitrailleuse. L'ennemi sur ce point fut tenu en respect, son feu neutralisé, mais la lutte avait été chaude. De part et d'autre de la barricade des cadavres jonchaient le sol. 
Le capitaine Frass, arrivé depuis quelques jours seulement, le lieutenant Malherbe, le lieutenant Becker, les sous-lieutenants Colmant, Legay, Louis, Piola, Vaimbois, Forret, Blanchet, l'Adjudant Ricatte, étaient tombés lors de l'assaut ou au cours de la contre-attaque, à la tête de leur compagnie ou de leur section. Six-cents sous-officiers, caporaux et chasseurs étaient hors de combat. Tombé devant Ripont, le Bombonnais Maurice Bûcheron avait donné ce jour là sa vie pour la patrie.
Avec ces récits, les Bombonnais connaîtront un peu plus la vie et la mort de ceux dont les noms figurent sur le monument aux morts devant l'église. Ils sauront les circonstances de leurs sacrifices et mesureront mieux la douleur de leurs familles et aussi leur fierté.
Ces récits sont une contribution à l'Exposition prévue à Bombon sur la Guerre de 1914-1918. Cette exposition se fera à l'aide de souvenirs conservés ou retrouvés par les familles de Bombon d'autrefois et d'aujourd'hui. Si ces récits vous ont plu ou déplu vous pouvez l'écrire dans un commentaire.