24 AOUT - 6 SEPTEMBRE 1914 : 3 BOMBONNAIS MORTS DANS LES PREMIERS JOURS DE LA GUERRE. TOUS LES TROIS TOMBENT SUR LE FRONT DE L'EST EN MEURTHE ET MOSELLE.

Paul PERSON né le 19 mai 1889 à Bernay-Vilbert, Tambour et soldat de 2e classe au 31e Rgt d'Infanterie, mort pour la France, tué à l'ennemi à Longuyon (Meurthe et Moselle) le 24 aout 1914. Il avait sa famille à Bombon.

Jules CHERTEMPS né le 20 février 1882 à Bombon, Soldat de 2e classe au 146e Rgt d'Infanterie, mort pour la France le 6 septembre 1914, tué à l'ennemi au bois d'Éinville-au-Jard (Meurthe et Moselle) Cimetière de Vitrimont - tombe n° 561.

Emile DUVERNOY, ( ne se trouve pas dans les Morts pour la France), il servait son pays au 237e Rgt d'Infanterie et il est décédé à Nancy (Meurthe et Moselle) le 6 septembre 1914.

Le plan allemand, fidèle à la théorie de l’enveloppement, était d’attaquer en tournant notre gauche par un vaste mouvement de conversion ayant son pivot en Alsace et son aile marchante en Belgique, dont la neutralité était lettre morte pour nos ennemis. Le commandement français résolut d’attaquer immédiatement sur la frontière franco- allemande. C'est là que combatirent et se sacrifèrent les premiers Bombonnais.   Après quelques succès en Alsace et Lorraine annexée, nos troupes durent se replier ; sur notre aile gauche, la bataille de Charleroi provoqua également le repli de nos armées, mais ne réalisa pas pour les Allemands l’enveloppement escompté qui devait mettre les armées françaises dans l'obligation de capituler. Celles-ci se dégagèrent, se replièrent, prirent du champ pour attaquer à nouveau et, par l’immortelle victoire de la Marne, rétablirent la situation en ruinant complètement le plan de campagne allemand.

Le 31e Regiment d'Infanterie du Bombonnais Paul PERSON

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Le 1er bataillon du 31e RI part de Melun le 7 août ; les 2e et 3e bataillons, quittent Paris, le 8 août. Ils rejoignent Troyon (Meuse) pour prendre sa place, le 10 août, dans la 10e Division d'Infanterie, 5e Corps d'Armée, IIIe armée commandée par le général RUFFEY. Le 14 août, le régiment se met en mouvement avec le Corps d'Armée dans la direction du nord-est.
Le 21 août, le 31eRI, qui a quitté Maucourt à 5 heures du matin, apprend, à Billy-sous-Mangiennes, qu'au lieu de s'arrêter à Longuyon, il doit pousser jusqu'à Cons-la-Grandville, à 23 kilomètres de là. Malgré la chaleur accablante et la fatigue des étapes précédentes, le 31eRI atteint Cons-la-Grandville à 7 heures du soir après une étape de 45 kilomètres.
Le 1er bataillon doit aller cantonner à 4 kilomètres de là, à Cutry, où la présence de l'ennemi est signalée. Ce sont des cavaliers allemands qui se replient à l'arrivée du bataillon.
Le 22 août, combat de Cutry-Rehon, au petit jour, les 2e et 3e compagnies sont détachées à Rehon, à 3 kilomètres environ au nord. Peu après, les Allemands, appuyés par le tir de leur artillerie, qui ouvre le feu sur Cutry et Rehon, attaquent ces deux villages. Le bataillon résiste avec énergie et, par un tir bien ajusté, inflige à l'ennemi des pertes sanglantes; mais les Allemands, recevant sans cesse de nouveaux renforts, continuent leur progression en cherchant à couper la retraite aux défenseurs des deux villages, auxquels le 2e bataillon tente en vain d'aller porter secours ; un violent tir d'artillerie l'en empêche.
Sous la menace d'encerclement, la retraite s'exécute par les rives de la Chiers. Malgré les lourdes pertes, ce premier contact, loin de déprimer les énergies, avait excité le désir confiant d'une prompte revanche.
Le 23 août, le régiment participe au repli du 5e Corps d' Armée dans la région de l'Othain, au sud de la Chiers, après avoir protégé ce mouvement ; le 24 août, il se porte vers le nord de Longuyon (combat de Noërs) ; le 3e bataillon (commandant Bonvalot), soutenu par le 2e bataillon, se porte à l'assaut du piton de Noërs, malgré une violente fusillade et une avalanche d'obus. C'est lors de cet assaut que le soldat Bombonnais Paul Person  sera tué. Selon l'historique du 31eRI, il était Tambour du régiment et son frère d'armes le Clairon Désiré Voyer de Fontaine-le-Port est mort dans la même action. Le lieutenant-colonel Philippe et le commandant Bonvalot sont blessés. L'ennemi, surpris abandonne la crête et une partie du village de Noërs et ouvre un violent feu d'artillerie sur le piton. Le 3e bataillon est vite décimé en s'acharnant à défendre cette position durement enlevée. Faute de renfort, il doit cependant refluer. Le soir, le régiment se trouve rassemblé au sud de Merles. Le 25 août, il tient jusqu'à la nuit les hauteurs au sud de Merles pour protéger la retraite de la division en direction de Sivry-sur-Meuse. Paul Person laissait une veuve Jeanne et un fils Paul qui devint pupille de la Nation.
Le 146e Régiment d'Infanterie du Bombonnais Jules CHERTEMPS

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Dans la nuit du 20 au 31 juillet à 1 heure du matin, un ordre arrive à la caserne Ney, occupée à Toul par le 146e. C'est l'ordre d'alerte. Le régiment doit partir sans délai pour gagner sa position de couverture. Ses combats le conduisent à Haraucourt, Serres, puis à la bataille de Morhange: Château-Bréhain, Chicourt le 20 aout où son colonel est tué, puis il se recompose à Fiéville car il a perdu 1250 hommes.
Le 146e RI se porte en avant dès le 24 aout, pour réoccuper sa position de couverture. L'ennemi s'est avancé jusqu'aux abords d'Haraucourt qui est bombardé et bientôt en flammes. Sur cette position de Haraucourt-Rinville, le régiment luttera opiniatrement en des combats continuels, attaquant, contreattaquant, journellement jusqu'au moment où l'ennemi renoncera à toute entreprise offensive..

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Le 25, le régiment repousse devant Haraucourt une forte attaque ennemie, en lui influgeant de graves pertes. Mais lui-même est réduit à 1650 hommes. Quelques jours après, l'arrivée de renforts porte son effectif à 32 officiers et 226O hommes. À ce moment, le régiment avait glissé vers la droite et organisait la cote 316 au nord-est de Crévic.
Le 1er septembre, attaque française. Le régiment, qui avait été envoyé dans la nuit précédente se reposer à Sommeviller, est rappelé presque aussitôt pour former réserve de division, à la lisière est du bois d'Einville. L'objectif est la brasserie d'Einville.  L'attaque est dure. Nos 5e et 6e compagnies engagées, se heurtent à des solides positions et subissent de fortes pertes.

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Le 3 septembre dans le bois de Maixe, une attaque ennemie est repoussée par le 1er bataillon, pendant une relève par le 156e. Le 4 septembre, après cette relève, le régiment occupe une ligne de tranchées sur le plateau au dessus de Drouville. Malgré un furieux bombardement de nos positions, l'ennemi échoue, à 21 heures, dans son attaque sur Gellenoncourt. Le bombardement reprend, acharné sur Haraucourt, le 5, dès le matin. Gellenoncourt est en flammes. Depuis la veille au soir, l'ennemi renouvelle obstinément ses attaques, sans obtenir le moindre avantage. Partout sur son front, le 146e lui oppose une barrière infranchissable, mais cadres et hommes sont exténués. Des éléments d'autres régiments du corps d'armée viennent le renforcer. La bataille continue sans que l'ennemi puisse mordre en un seul point. Le 7, Haraucourt s'allume. C'est le jour de l'arrivée du colonel Mazis, nommé au commandandement du régiment. Peu après un obus blesse sérieusement le commandant David. Mais cet admirable soldat ne quitte pas le champ de bataille. Ayant aperçu en un point de la ligne un flottement inquiétant, il s'y rend et, en pleine zone battue, avec un sang froid impressionnant réconforte les coeurs et raffermit les courages. En cet endroit des plus exposés, il reçoit une deuxieme blessure qui l'oblige à se rendre au poste de secours. Le même jour le lieutenant Lucot, tirant lui-même avec sa mitrailleuse, attend l'ennemi à bout portant et se fait tuer sur sa pièce. Ce jour là le Bombonnais Jules Chertemps était tué. Cinq jours après les allemands renonçaient et se retiraient de ce front. Isabelle Chertemps apprit qu'elle était veuve.
Un autre Bombonnais combattait dans le même régiment, Paul Labiche que nous retrouverons dans les combats qui suivirent.
Un extrait de "La Lorraine dévastée" de Maurice Barrès (Paris Alcan 1919).
"Nous faisions avec les Allemands un quadrille des lanciers, d'interminables en avant-deux."
Si effroyable que fut cette lutte, sous une chaleur mortelle, qui ne céda que le 9 septembre pour faire place aux orages et à la pluie, les hommes ne connurent jamais le découragement. Deux compagnies, dans le bois d'Einville, attendaient sans défiance, sans savoir que les notres s'étaient repliés. Les cuisiniers étaient allés allumer leurs feux en arrière, dans un ravin, de manière à n'être pas vus. Soudain les Allemands, en forces supérieures, abordent le bois. Il fallut battre en retraite avec rapidité. Ces braves cusiniers suivirent le mouvement; mais soigneusement, en pressant le pas, ils emportaient et préservaient le dîner des camarades.
Remarquons en passant que jamais les troupes ne manquèrent de vivres. "On ne passe pas deux jours sans viande fraîche." Au reste telle était la fièvre, la tension des volontés que tous vivaient, agissaient comme des machines. Ils étaient des âmes faisant la guerre. Les yeux fixés sur le but à atteidre, ils ne voyaient, ne tenaient en considération que cet objectif limité: leur mission propre, l'ordre reçu. Les chefs se ruaient à l'assaut, le fusil à la main.
Le 237e Régiment d'Infanterie du Bombonnais Émile DUVERNOY
Ce régiment est issu du 37e RI, créé à la mobilisation et constitué en aout 1914 à Troyes. Le 237e forme avec le 279e et le 360e la 140e Brigade de la 70e division de réserve sous le commandement du Général Fayolle.
La 70e Division de réserve tient la ligne mont d'Amance, Jeandelaincourt, mont Toulon, Sainte-Geneviève.
Le 19 aout la 70e division va s'établir sur la rivière Seille; 
Le 20 elle passe la frontière, c'est le baptême du feu, mais les pertes sont minimes. Elle doit couvrir le flanc gauche du 20e Corps d'Armée.
Puis, ordre de repli en fin de journée afin de reprendre les anciennes positions qu'elle garde jusqu'au 23.
Le 24 aout la 140e Brigade reçoit l'ordre de se porter à l'attaque du front d'Hoéville, à la ferme Sainte-Libaire. Le 237e est à droite, le 360e à gauche et le 279e au centre. L'ennemi bat en retraite.
Le 25 aoùt à l'aube reprise de la marche en avant et ce sont les premiers combats très durs qui se prolongent le 26 aout. Pertes très sérieuses des deux côtés.
Le 3 septembre la 70e division renforcée reçoit l'ordre de relever la 18e division dans le secteur qu'elle occupait à l'est de Réméréville, relève qui fut extrèmement pénible. Elle bloque cependant l'attaque allemande à Réméréville.
La journée du 4 septembre fut relativement calme. Subitement à 19h10 éclata un tir d'artillerie sur toutes les positions occupées par la 70e division et sur le village de Réméréville. Toute la nuit la bataille fit rage; trois fois les allemands s'avancèrent en masse compacte à l'assaut de nos misérables tranchées, tout juste satisfaisantes pour abriter un tireur à genou, la fusillade crépitait, nos feux de salve étaient exécutés avec une discipline parfaite, arrêtant parfois l'ennemi à seulement 40 mètres de nos positions et fauchant les Bavarois par centaines. 

Infirmerie-campagne

Le 5 au petit jour, les Allemands n'avaient pas gagné un pouce de terrain et la bataille continuait toujours. Les hommes n'avaient pas mangé depuis bientôt 24 heures, ils avaient été privés de sommeil et étaient exténués par la violence de la lutte, les munitions étaient presque entièrement épuisées.
Le repli fut ordonné, il s'exécuta en bon ordre sous une canonnade intense par obus de tous calibres jusqu'aux lisières est de la forêt Saint-Paul.
La Division défendit pied à pied la forêt Saint-Paul dans laquelle l'ennemi avait réussi à s'infiltrer.
C'est probablement lors du combat de la nuit du 4 au 5 septembre que le Bombonnais Emile Duvernoy fut gravement blessé et transporté à Nancy où il est décédé le 6 septembre
Un village lorrain pendant les mois d'août et septembre 1914 : Réméréville 

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L'auteur, Charles Berlet (1878-1941), décrit ce qu'ont endurré les civils et les soldats
Vendredi 4 septembre
Cette journée se dérouble paisible. Pas un coup de canon. Pas un coup de fusil. Mais le soir à six heures, le bombardement commence plus violent, plus précisque les jours passés.Il durera jusqu'au lendemain matin neuf heures, sans arrêt. Pendant quinze heures notre infortuné village est pris sous un ouragan de fer et de feu.
Les familles se réunissent dans les caves les plus vastes et les plus solides. Dans ces instants où la terreur fait trembler, c'est un besoin impérieux de se grouper, de rester en société.
Sans arrêt les obus tombent, explosent avec fracas. Ce sont encore de "gros noirs", ils frappent le sol comme le feraient de formidables coups de massue. Ils font jaillir, dans une lueur sinistre, un jet noir de terre calcinée, de balles et de morceaux d'acier tordus. Leur masse broie et pulvérise tout. Des pierres, des fenêtres, des tuiles roulent de tous côtés. Des murs s'écroulent. C'est un vacarme effrayant. Par le soupirail pénètre dans les caves une odeur de soufre et de poudre.
Au milieu de la nuit, des incendies s'allument, L'église flambe comme une torche gigantesque. Autour d'elle montent les flammes des maisons voisines. Elles jettent sur tout le village d'horribles clartés. Vision d'enfer ! Les poutres craquent, les toitures s'effondrent dans un jaillissement d'étincelles. Les bêtes restées à l'étable beuglent à la mort.
Notre artullerie est muette. Pourquoi ? On se bat aux lisières du village. Parfois des cris et le son rauque des trompettes allemandes arrivent jusqu'à nous. Il y a un combat à la baïonnnette. Les balles sifflent dans les rues, frappent les volets et les portes, ricochent contre les murs, brisent les tuiles et les toits. Le canon allemand tonne toujours, sans arrêt et le notre se tait. Quelle angoisse !
De temps en temps les enfants regardent par le soupirail. La nuit est claire, nos soldats se tiennent contre les murs des maisons ! Un officier arrive en courant: "Le Colonel? où est le Colonel ? Nous manquons de cartouches !"

remereville-2-1914Des blessés passent. On s'émeut toujours quand on voit les notres revenir en arrière....! Toute la nuit, les obus s'abattent sur le village. À de certains moments il semble que la terre va s'entr'ouvrir sous la violence du choc.

Samedi 5 septembre
Toujours les obus tombent; Pauvres vieilles maisons ! Voilà que tout s'écroule fracassé: armoires pleines de linge, lits robustes, fauteuils faits pour le repos des vieux! Toutes nos richesses ! Tous nos souvenirs!
Ah! des obus sifflent. Ce sont des obus français! Enfin! Ils éclatent au delà du village, pas très loin de nos jardins; La fusillade s'est tue. Vers neuf heures la canonnade s'apaise, quelques coups encore, espacés à de longs intervalles. Les paysans se hasardent à sortir de leurs caves. Partout des pans de murs écroulés, des toitures éventrées; certaines maisons ne sont plus qu'un brasier ardent. Le clocher de l'église s'est effondré.
Dans les rues, des pierres, des morceaux de bois, à demi consumés. Quelques blessés se trainent. Ils se dirigent vers l'ambulance. Mais là aussi les obus ont frappé
Après les trois soldats du valeureux 2e Bataillon de Chasseurs à Pied morts à différentes époques du déroulement de la guerre et après les trois premiers fantassins Bombonnais morts sur le front de l'Est dont les régiments sont présentés ici, nous parlerons des quatre soldats Bombonnais morts fin septembre 1914 sur différents fronts afin d'honorer la mémoire de chacun et de reconnaitre l'importance de leurs sacrifices. Ceux qui pourraient se procurer des photos, des documents, des lettres, des objets concernant ces héros ou cette période à Bombon sont invités à les partager sur le blog où ils pourront être publiés ou même à la Mairie de Bombon où ils pourront être exposés.