TROIS SONT MORTS LE MÊME JOUR, UN QUATRIÈME LE SUR-LENDEMAIN. 

Emile (Jules) PERROT né le 21 mai 1885 à Bombon, Tambour au 346e Rgt d'Infanterie, mort pour la France, tué à l'ennemi le mercredi 23 septembre 1914 à Lironville (Meurthe et Moselle). Ses cendres se trouvent en la Nécropole nationale de Lironville, tombe n° 15. La famille Perrot fut au 30 rue Grande, c'était un café-restaurant et en même temps un commerce de nouveautés, tissus, draperies.

Lucien, Charles, Émilien,  COSSU né le 4 septembre  1893 à Nampcel (Oise),  1er Canonnier servant au 5e Régiment d'Artillerie à Pied, mort pour la France, tué à l'ennemi le 23 septembre 1914 au Fort de Troyon (Meuse), (Son lien avec Bombon n'est pas mentionné dans la liste des Morts pour la France en raison de son inscription à Nampcel, sa commune de naissance, dans l'Oise. Mais son père était Bombonnais et avait un emploi de Garde au chateau de Nampcel à cette époque).

Georges COSSU né le 1er juin 1889 à Bombon, Caporal au 20e Bataillon de Chasseurs à Pied, mort pour la France le 23 septembre 1914, tué à l'ennemi à Suippes (Marne).

Paul (Jean) LABICHE né le 29 janvier 1882 à Bombon, Soldat de 2e Classe au 146e Rgt d'Infanterie, mort pour la France, tué à l'ennemi à Fouquescourt (Somme) le vendredi 25 septembre 1914. Il avait sa famille à Paris, il figure sur le Livre d'Or du 5e Arrondissement.

Le front s'est étiré vers l'ouest et si les trois premiers morts de Bombon sont tous tombés dans le département de Meurthe et Moselle en aout et début septembre 1914, en revanche sur la fin du mois de septembre nos soldats tombent aussi dans la Meuse, la Marne et la Somme.

SUR LE FRONT DE L'EST Émile PERROT combat avec le 346e RI: Son Régiment est principlement composé de réservistes avec une partie de l'encadrement venant du 146e RI qui avait reçu un ordre de mission:

« Samedi 1er août 1914 – Les cadres actifs du 146e régiment d'infanterie qui sont destinés à former le 346e et qui doivent partir en fonction de la couverture à H+6, savoir : 1 lieutenant-colonel, 1 Chef de bataillons, 1 médecin major chef de service, 6 capitaines, 40 sous-officiers, 2 caporaux, 8 soldats s'embarquent le samedi 1er août à la gare de Toul à 6 heures 58 et arrivent à Melun à 22 heures 30. »

Le chroniqueur raconte l'historique du régiment: Le 5 août, le 346e, constitué sous le commandement du lieutenant-colonel Cadet, s'embarque à Melun. Il fait partie de la 73e division, qui est mise à la disposition du général gouverneur de Toul pour la défense de la place.

Et dès lors commence une période de déplacements, de marches et de travaux où le régiment, sans être réellement engagé, affirmera tout de suite ses qualités d'entrain, de cohésion et d'endurance. Par une chaleur écrasante, tous ces hommes, qui ne sont plus entraînés, vont couvrir étapes sur étapes, creuser des tranchées, construire des réseaux de fil de fer, marchant souvent nuit et jour, avides de rencontrer enfin l'ennemi, impatients de participer à la bataille qui, croit-on, sera courte et décisive.

Le lundi 17 août, à Toul, le drapeau tout neuf, étincelant, est présenté au régiment. Le 346e a désormais une âme. L'émotion est générale; tous les yeux, fiers et résolus sont fixés sur l'emblême sacré; chacun fait le serment de bien le servir et le défendre.

L'ennemi s'est promis d'entrer à Nancy dès les premiers jours; mais il n'aura pas cette joie. La bataille du Grand-Couronné bat son plein. Il s'agit tout d'abord, pour le régiment, d'organiser le plateau de Saizerais comme couverture de la place de Toul. Il s'agit d'empêcher l'ennemi de tourner par l'ouest la montagne Sainte-Geneviève (21-28 août). Puis il faut aller garder les ponts de la Meurthe derrière le 20e corps qui résiste sur la rive droite (5-6 septembre). Il faut ensuite revenir couvrir Toul vers le bois de la Côte-en-Haye; la première du régiment, la 23e compagnie reçoit le baptême du feu sous la forme de quelques obus qui ne font pas de mal; allons, les artilleurs ennemis ne paraissent pas bien dangereux !

Mais c'est Verdun maintenant que l'ennemi cherche à investir complètement aux derniers jours de la bataille de la Marne. Le 346e vient aider à dégager le fort de Troyon en attaquant vers le nord et menaçant les arrières du corps allemand qui assiège le fort; au prix de pertes insignifiantes, il pousse ainsi jusqu'à Saint-Maurice et Thillot-sous-les-Côtes (13-15 septembre) où la 18e compagnie, à la suite de petits engagements avec la cavalerie bavaroise, fait le premier prisonnier pris par le régiment.

La place est cédée à une division du 8e corps d'armée et la 73e division est remise à la disposition du général gouverneur de Toul ; le 346e se porte dans la région de Flirey.

Combats de Lironville: L'ennemi a repris son offensive et s'avance dans la direction de Toul. Le 21 au soir, la 19e compagnie du capitaine Brandelet arrête par son feu l'ennemi qui débouche du bois de Mortmare après avoir contraint le 356e à se replier. Le capitaine Dervillée, avec le 6e bataillon, occupe le bois de Jury à gauche de la division; il s'y retranche, se couvre par des abatis, y résiste toute la journée du 21 jusqu'à 17 heures, ne se replie que sous la menace d’enveloppement, poursuivi par les feux de l'ennemi qui occupe les bois de la Hazelle, couvert par la 23e compagnie qui, restée dans les bois sous l'énergique commandement du capitaine Vesque, pendant plus de deux heures tient, sous son feu deux bataillons ennemis et ne se replie à 20 heures que lorsque les colonnes d’assaut sont arrivées à 30 mètres d'elle.

Le 22, au matin, le régiment est rassemblé au bois des Hayes, face à Lironville, que l'ennemi a occupé, le 5e bataillon du 346e à gauche du 5e bataillon du 356e, le 6e bataillon en réserve. La division a reçu l'ordre d'attaquer Lironville devant lequel s'étend un mamelon aplati et un glacis qui aboutit au village, à peine coupés de petits bois de sapins. Le 5e bataillon du chef de bataillon Gillot a comme objectif le clocher et doit essayer de déborder le village par l'ouest.

A 15 heures, le débouché du bois s'effectue en ordre parfait, compagnie par compagnie, mais il faut bien vite se déployer car les sections sont prises de front et d'enfilade par un feu violent et nourri de fusils et de mitrailleuses qui semble partir du bois de la Voisogne et des tranchées devant le village, à moins de 400 mètres. Les pertes sont sensibles, la progression est extrêmement lente, on est fauché par le feu d'un ennemi invisible auquel on ne peut répondre et sur lequel les quelques obus de 75 qui soutiennent ont un effet nul.

Un vide s’étant produit au cours de la progression entre le 5e bataillon du 346e et le bataillon du 356e, le 6e bataillon reçoit l’ordre de le combler. Successivement, les 23e et 24e compagnies débouchent du bois des Hayes, mais sont immédiatement prises à partie par l'artillerie et les mitrailleuses allemandes. Une fumée épaisse couvre le terrain, rendant toute liaison impossible. Le capitaine de Féligonde arrive à se déployer, avec un peloton de la 24e, à la hauteur de fractions du 356e qu'il rencontre à la crête. Toutes les fractions s'accrochent sur le plateau, font tentative sur tentative pour se porter en avant, mais sont recouchées chaque fois avec de nouvelles pertes par de violentes rafales de mitrailleuses.

Vers 19 heures, un ordre de rassemblement parti, semble-t-il, de la droite, se propage jusqu'à la gauche de la ligne, provoquanl un mouvement de repli. Mais le lieutenant colonel Cadet et son adjoint, le capitaine Maréchal, arrête les fractions en retraite vers le coude de la route Noviant-aux-Prés Lironville. Le régiment voisin, qui a gagné presque en entier Noviant-aux-Prés, est ramené vers 21 h. 30 par le capitaine Maréchal. A la faveur de la nuit, toutes les positions de première ligne conquises dans la journée sont réoccupées.

Le 23, à l'aube, l'ennemi ouvre un feu nourri de toutes ses mitrailleuses sur la première ligne qui subit de fortes pertes. Les sections de renfort, puis le 367e sont jetés en avant sans pouvoir réussir à faire avancer la première ligne qui est clouée au sol. De même, les 23e et 24e compagnies viennent renforcer le 356e. Le 5e bataillon du 353e, qui a reçu l'ordre de déborder le village de Lironville par la gauche, échoue dans son mouvement, impuissant lui aussi en face du feu ennemi qui fauche ses unités.

Toute la journée, ce sont des alternatives d'avance et de recul pour se cramponner à la crète militaire du plateau de Lironville. D'une part, le feu ajusté des mitrailleuses et les violentes rafales de l'artillerie ennemie; d'autre part le tir trop court de notre artillerie provoquent des pertes énormes en différents endroits de la ligne, où des fractions tentent de se replier mais sont vivement et énergiquement maintenues par les officiers et les gradés. Des lignes entières de tirailleurs aplatis sur le sol semblent rester impassibles dans cet enfer ... ce sont des morts !  Le Bombonnais Émile PERROT, tambour du régiment fut tué là face à l'ennemi. Les blessés s'enfuient vers l'arrière, affolés, ou se traînent comme ils peuvent pour trouver un abri. Et cependant, à chaque instant, des fractions se reportent en avant avec acharnement, essaient d'aborder la ligne ennemie; elles sont malheureusement bien vite balayées.

Enfin, à la tombée de la nuit, la 145e brigade est relevée, par la 146e. Le 346eRI va cantonner à Domèvre-en-Haye.

Dans ces journées de fin septembre, il s'agissait d'arrêter le 13e corps badois qui menaçait Toul. La 73e division y est parvenue toute seule; ses attaques acharnées ont fait croire à l'ennemi qu'il avait affaire à des forces supérieures, l'ont intimidé au point qu'il n'a même pas essayé de sortir de ses tranchées devant Lironville.

Les pertes, hélas ! sont cruelles : 3 officiers et 250 hommes tués, 15 officiers et 396 hommes blessés, 1 officier et 113 hommes disparus. Le lieutenant-colonel Cadet est grièvement blessé et remplacé: au commandement du régiment par le chef de bataillon Gillot.

Le corps du tambour Emile PERROT a pu être identifié, sa tombe à la nécropole nationale de Lironville porte le n°15. Le même jour son camarade Bombonnais Lucien Cossu est tombé au Fort de Troyon.

lironville-perrot-cimetiere-1914

 

Nécropole nationale de Lironville

Lucien COSSU et le 5e Régiment d'Artillerie à Pied

Le chroniqueur du régiment raconte: Le 5e RAP qui était stationné à Verdun en temps de paix, reevait le 2 aout 1914 la mission, noble entre toutes, de défendre la forteresse et d'opposer une barrière infranchissable à l'ennemi. Son personnel occupait, aux premiers jours de la mobilisation, les nombreux forts et ouvrages de la place, au-dessus de la porte d'entrée desquels s'étalait en grosses lettres cette fière devise: S'ENSEVELIR SOUS LES RUINES DU FORT PLUTÔT QUE DE SE RENDRE.

Fort de Troyon-1914

Le régiment, qui était composé de treize unités actives et d'une compagnie d'ouvriers, mobilisait, en plus des treize batteries de dédoublement, douze batteries territoriales et une compagnie d'ouvriers formant le groupe territorial du régiment. L'effectif total était d'environ 23000 hommes et de 227 officiers.
Ces unités étaient réparties dans les ouvrages s'étendant de Givet au fort de Gironville, situé entre Saint-Mihiel et Toul; elles composaient, en dehors de la place de Verdun, l'artillerie des places de Givet, Longwy, Montmédy et Reims. L'ensemble de l'artillerie de la place de Verdun était, le 2 aout 1914, placé sous le commandement du Colonel Seguin du 5e RAP, et réparti en trois secteurs. l'effectif global était d'environ 23000 hommes et de 227 officiers.
Ces unités étaient réparties dans les ouvraes s'étendant de Givet au fort de Gironville, situé entre Saint-Mihiel et Toul; elles composaient en dehors de la plaine de Verdun, l'artillerie des places de Givet, Longwy, Montmédy et Reims.
L'ensemble de l'artillerie de la place de Verdun était, le 2 aout 1914 placé sous le commandement du Colonel Seguin, du 5e RAP.
Le rôle de l'artillerie à pied, avant la guerre de 1914-18, comportait principalement la défense de nos places fortes ou l'attaque des places fortes ennemies.
Les Allemands, qui n'avaient pas osé attaquer Verdun de front, étant restés prudemment hors de portée des canons de nos forts, nos unités ont dû, pour la plupart, établir leur position bien en avant de celle qui leur était assignée, afin de pouvoir soutenir nos lignes d'infanterie en contrebattant efficacement les batteries ennemies..
Chaque unité d'artillerie à pied, mobilisée avec un effectif réglementaire de 315 hommes, auquel s'ajoutait un nombre variable d'A.P.F. (hommes des classes 1887, 1888, 1889 appelés dès le premier jour), devait servir de nombreuses batteries de tir situées aux environs du point principal qu'elle avait à défendre.
La 32e batterie constitue la garnison d'artillerie du fort de Troyon, du fort de Paroches et une partie de celle du fort du Camp des Romains.
Le détachement de Troyon, sous les ordres des lieutenants Semouze et Ludger, se couvre de gloire pendant l'héroïque défense du fort. Sa garnison avait pour mission de tenir jusqu'à la dernière extrémité pendant au moins 2 jours. Il fallait en effet éviter que le front français de la 3e Armée du général Sarrail soit pris à revers. La garnison du fort était composée d'environ 300 hommes du 166e d'infanterie, 150 hommes du 5e Régiment d'Artillerie à Pied et d'une petite unité du 8e Génie.
L'ennemi veut pousser jusqu'à la Meuse par la trouée de Spada et rejoindre l'armée allemande combattant sur la Marne. Il attaque le fort de Troyon le 8 septembre 1914, à 9h30.
L'attaque dure cinq jours, pendant lesquels les valeureux défenseurs tiennent tête sous une avalanche de projectiles, avec une artillerie inférieure à celle de l'assaillant, et l'empêchent de passer. 
Le lieutenant de réserve Ludger est grièvement blessé dès le début du bombardement.
Le 9 septembre, un parlementaire ennemi se présente au fort de Troyon et somma la garnison de capituler en ces termes: "Au nom de Sa Majesté Impériale, je vous somme de vous rendre sans conditions". La réponse du Capitaine Heim fut "Jamais" et l'Allemand  fut invité à faire demi-tour. Les 9 et 10 septembre, deux assauts parvenus jusqu'aux premiers barbelés sont énergiquement repoussés. La garnison du fort eut peu de pertes en comparaison des 7000 morts Allemands
Le général Gouverneur de Verdun adresse le 13 septembre, les félicitations suivantes aux garnisons des forts de Troyon, des Paroches et de Génicourt: "L'ennemi a voulu forcer les Hauts de Meuse, mais tous ses efforts sont venus se briser contre l'héroïque résistance de la garnison des forts. Ces forts n'avaient pas reçu les derniers perfectionnement de la fortification, mais ils avaient des chefs énergiques et des soldats valeureux. Le bombardement aussi bien que les assauts n'ont pu en avoir raison. Les différents Gouverneurs se sont montrés étroitement solidaires; en particulier celui du fort de Génicourt a montré une activité incessante et a porté une aide particulièrement précieuse à Troyon.
Le fort de Troyon, qui a supporté l'effort principal de l'ennemi, a souffert dans sa garnison et dans ses organes de défense, mais il a tenu bon; il a joué un rôle des plus importants dans la marche des opérations. Le gouverneur adresse à tous, officiers, sous-officiers et soldats des forts de la Meuse, ses plus chaleureuses félicitations." Signé Général Coutanceau.

Fort-de-Troyon-apres L'entrée du Fort de Troyon après le bombardement de septembre 1914, illustartion de Gilbert Hanotaux

Le détachement du fort de Paroches, commandé par l'adjudant Degouex, contribue à repousser l'attaque sur Troyon. Entre le 13 et le 23 septembre, il intervient pour empêcher l'avance de l'ennemi, dans la région de Saint-Mihiel. C'est le 23 septembre que le 1er Canonnier servant Lucien Cossu est tué, il venait de fêter ses 21 ans la semaine précédente.
Du 23 au 30 septembre, le fort des Paroches reçoit environ 10000 projectiles; ses pièces sont mises hors de service; l'ouvrage doit être évacué. Son artillerie s'installe dans les environs et évacue, pendant la nuit, toutes les munitions du fort.

canon75-Fort-de-Troyon-1914

 

Georges COSSU et le 20e Bataillon de Chasseurs à Pied 

En casernement à Baccarat, le 20e BCP appartient à la 25e Brigade d'infanterie, 13e Division, 21e Corps d'Armée et 1ère Armée. 

insigne-20eBCP

Dès les premiers jours de juillet 1914, le Commandant MICHAUD en se doutant que les événements qui se déroulent auront leur dénouement dans une déclaration de guerre, tient plus que jamais sa troupe en éveil. Le 31 juillet, c’est sans surprise qu’il reçoit l’ordre d’alerte de mobilisation ; son Bataillon est prêt. Il saura faire son devoir et ses Chasseurs se sacrifieront pour sauver la France.

Accompagné d’un peloton du 1er Chasseurs à Cheval, le 20ème quitte ses casernes, et s’en va par Sainte-Pole prendre les avants postes dans la région de Saint-Maurice. Ses grand’gardes sont à Badonvillers et à Bremeuil. C’est dans cette situation que la nouvelle de la déclaration officielle de la guerre lui parvient.

Seules quelques patrouilles de cavalerie ennemies apparaissent de temps en temps ; jusqu’au 9 août la situation est calme, mais à cette date les allemands attaquent le Bataillon avec des effectifs très élevés. Malgré tout le courage déployé au cours de cet engagement les Chasseurs doivent céder sous le nombre et abandonner Badonvillers qui tombe aux mains de l’ennemi.

Mais les Chasseurs ne restent pas sur un échec ; le 11 août, en liaison avec le 6ème Corps qui doit s’emparer des hauteurs au Nord de la Blette, le 20ème attaque Badonvillers. A 18 heures, le combat s’engage avec trois compagnies en première ligne, trois en soutien. La 4e Compagnie attaque Badonvillers de front, la 3ème se porte sur la lisière Est, la 5ème déborde à l’Ouest pour gagner la hauteur Nord-Ouest de la Faïencerie. Au cours de l’action la 5ème Compagnie contre-attaquée, subit des pertes très lourdes, mais les autres compagnies appuient fortement le mouvement, cette manœuvre nous est favorable et l’ennemi, sous l’élan et la fougue des Chasseurs, perd pied et nous abandonne Badonvillers où le Bataillon passe la nuit.

Cette fois, les Chasseurs ont bousculé les allemands et sont tous heureux de leur victoire, aussi, le lendemain, lorsque l’ennemi attaque à nouveau pour venger son échec, le Bataillon lutte avec une ardeur sans pareille. Mais contre le Bataillon, il y a une Brigade allemande fortement appuyée par de l’artillerie ; épuisé par les combats précédents, ayant perdu 25% de son effectif, le 20ème doit encore une fois plier sous le nombre et abandonner Badonvillers.

Le 14 août, réorganisé, le Bataillon se porte à nouveau en avant, et, cette fois, il franchit la frontière. Il est en Alsace, sur cette terre, qui après 44 ans d'occupation va redevenir Française.

Le Commandant MICHAUD adresse à ses Unités l’ordre du jour suivant :

« Le Chef de Bataillon est heureux, après l’entrée des troupes en territoire ennemi, d’exprimer toute sa satisfaction aux Officiers, Sous-Officiers et Chasseurs du 20ème. Il adresse une pensée émue aux braves tombés glorieusement au cours des combats auxquels le Bataillon a pris part, et salue la terre d’Alsace française à jamais. »

Poussant vers Schirmeck et Kuss, le Bataillon livre des combats très vifs ;  au cours de l’un deux, le Sous-Lieutenant NERAUD et le Chasseur FAIPOT sont tués à leur poste de combat.

Tout le front de l’armée est attaqué furieusement par l’armée allemande ; nos troupes sont obligées de céder le terrain et, pied à pied, combattant sans trêve, elles reviennent sur la ligne fortifiée où l’ennemi devra s’arrêter. Le 20ème, à Celles-sur-Plaine, arrête les assauts de l’ennemi, puis il se distingue encore à Neuville-les-Raon. Le 30 août, à La Chapelotte, il charge l’ennemi avec une fougue et un élan irrésistibles et les chasseurs demeurent maîtres des positions.

La mission de couverture est terminée, les armées françaises sont partout en contact avec celles de l’ennemi, les sacrifices des troupes de couverture, pendant tout le mois d’août, ont permis la réalisation de notre plan d’opération. Des événements de la plus grande importance vont se dérouler ailleurs et il y faut des cœurs braves, le 20ème B.C.P., reconstitué à Epinal, s’embarque avec toute la Division et va débarquer à Vassy.

LA MARNE: L’ennemi savait qu’en nous attaquant sur notre front Est, il se heurterait à une barrière de forts devant laquelle la vaillance de nos soldats l’arrêterait net. Aussi, depuis longtemps, il avait préparé son agression par une autre voie. Bien qu’ayant signé le traité garantissant la neutralité de la Belgique, il masse la plus grosse partie de ses troupes le long de la frontière belge et somme le roi de Belgique de lui livrer passage. La Belgique préfère mourir que de manquer à sa parole, et, lorsque les allemands pénètrent sur son territoire elles trouvent l’armée belge devant elles. Mais la lutte est par trop inégale : Liège et Namur tombent, la marche des Allemands, un instant retardée, se précipite. Nos troupes secourent en toute hâte mais ne peuvent arrêter le flot, le sort des armes nous est défavorable à Charleroi le 23 août ; il faut battre en retraite.

Si, car l’armée française recule en bon ordre et en combattant, le Généralissime sait que le jour où il dira : « halte !! il faut vaincre ou mourir » il peut compter sur l’héroïsme de tous et qu’il peut tout oser avec les soldats auxquels il commande. Aussi, lorsque sentant le moment venu, il lance son ordre du jour qui ordonne de se faire tuer sur place plutôt que de reculer, l’armée tout entière fait front et alors s’engage la bataille de la Marne qui devait porter à l’Allemagne un coup dont elle ne se relèverait jamais.

Nos admirables soldats allaient montrer au monde étonné que le secret de la Victoire réside moins dans la force matérielle que dans le cœur des combattants.

Le 20ème B.C.P. allait prendre sa part à cette moisson de gloire, aguerri, confiant, décidé à tous les sacrifices, il allait contribuer à l’anéantissement des rêves germaniques.

Débarqué à Vassy, le 5 septembre, le Bataillon amalgame ses renforts, se réorganise, et, le 8 septembre il est à la Ferme des Monts-Marains, prêt à la lutte.

A 15 heures le Bataillon reçoit l’ordre d’attaquer Sompuis.

A ce moment l’ennemi attaque sur la crête au Nord de la Ferme , bouscule deux compagnies d’infanterie qui tenaient cette position et marche sur des pièces en batterie non loin de là.

Les artilleurs doivent laisser plusieurs pièces sur le terrain, deux compagnies envoyées en soutien de cette artillerie ne peuvent arriver à enrayer l’offensive allemande.

Le Bataillon reçoit alors l’ordre de se porter en avant pour rejeter l’ennemi et dégager les pièces.

Le Bataillon débouche de la Ferme des Monts-Marains et, malgré le feu intense de l’ennemi, pousse vivement jusqu’aux pièces que les allemands doivent leur abandonner. Puis, une charge à la baïonnette sème le désordre dans les rangs de l’adversaire qui s’enfuit, abandonnant sur le terrain une quantité de morts et de blessés. La Garde Royale de l'ennemi a reculé devant le 20ème B.C.P., qui malgré toutes les tentatives allemandes, conserve intégralement ses positions conquises.

Nos pertes sont néanmoins assez sérieuses et comprennent : 6 officiers et près de 150 hommes.

Les officiers du 62ème Régiment d’Artillerie de Campagne, qui ont assisté à cet engagement gardent un souvenir ému de l’impressionnant spectacle qu’ils ont pu contempler et gardent au Bataillon une vive reconnaissance pour cette fraternité d’armes.

Le Commandant MICHAUD, cité à l’Ordre de l’Armée pour ce beau fait d’armes, remerciait plus tard ses Chasseurs en ces termes :

« Cité à l’Ordre de l’Armée pour la contre-attaque qui, le 8 septembre 1914, à la Ferme des Monts-Marains, a dégagé deux de nos batteries compromises, et mis en déroute une partie de la Garde Royale Saxonne, je tiens à dire que tout le mérite, tout l’honneur de cette citation, revient au Bataillon, aux Chasseurs du 20ème, à leur vaillance qui a mis l’ennemi en fuite, à leur ténacité qui, malgré de lourdes pertes, leur a fait conserver sous le feu le plus violent, les positions conquises de haute lutte. »

De nombreuses citations devaient d’ailleurs récompenser ceux qui s’étaient plus particulièrement distingués dans cette action d’éclat. C’est ainsi que le sergent DUPRÉ recevait le 16 novembre la Médaille Militaire des mains d’un ancien Commandant du 20ème, le Général DE MAUD’HUY. Il avait mérité cette haute distinction par les exemples de bravoure, d’énergie et d’entrain qu’il n’avait cessé de donner à tous les Chasseurs : « En particulier le 8 septembre, alors que deux batteries françaises étaient sérieusement compromises et abandonnées par nos artilleurs, il était parvenu, en contre-attaquant avec le Bataillon, jusqu’aux pièces, et craignant un retour offensif de l’ennemi, avait attelé un cheval blessé à un de nos canons abandonné qu’il avait ramené en arrière sous un feu d’infanterie extrêmement violent. »

Le Général DE MAUD’HUY, tient même à exprimer sa fierté à la belle attitude du 20ème Bataillon et les nombreux succès déjà remportés.

Le Commandant, en transmettant les félicitations du Général, ajoutait : 

« Dans la lutte sans merci que livre en ce moment la France, le Bataillon saura encore ajouter à son histoire des pages glorieuses, contribuer brillamment au triomphe final, et se montrer ainsi digne du Chef qui, parvenu aux plus hautes dignités de l’Armée, veut seulement rester et restera toujours pour le Bataillon le Commandant du 20ème. »

Le 10 septembre, l’attaque de Sompuis est reprise, l’ennemi recule, un murmure de bonnes nouvelles, tout le front allemand est en retraite et le mot de Victoire est prononcé.

La Marne est franchie à Vésigneul-sur-Marne et tout en luttant avec les arrières gardes allemandes, le Bataillon arrive dans les plaines de Champagne, Somme, Suippes et puis Souain sont successivement enlevés par les Chasseurs. Tous rivalisent d’ardeur et d’entrain au combat, des braves tombent sans cesse et parmi eux, les Chasseurs Philippe DELAGRANGE, Georges COSSU, Gabriel DEBARGE et le Médecin Aide-Major Paul OBELLIANNE qui est frappé à mort au moment où il prodigue ses soins aux blessés. 

C'est précisément à Suippes que se trouve "Le centre d'interprétation de la guerre de 1914-1918" 4 ruelle Bayard. Tel 03 26 68 24 09

Voir la video de présentation:

http://www.dailymotion.com/video/x1ppa8v_marne-1418-suippes_school

Cependant, l’ennemi se reprend et abandonnant momentanément son rêve il organise un front défensif et se retranche dans la région de Perthes-les-Hurlus. C’est la fin de notre avance, sur presque toute la ligne de combat, ne voulant plus reculer, mais ne se sentant pas assez fort pour combattre en rase campagne, les Allemands vont inaugurer un système de forteresse dit « Guerre de tranchées ».

Mais la bataille de la Marne est gagnée; les Armées Françaises s’organisent face aux positions allemandes et les Chasseurs du 20ème attendent, avec les autres, le moment où ils pourront définitivement bouter l’ennemi hors de France

Paul LABICHE et le 146e Régiment d'Infanterie

Dans la nuit du 30 au 31 juillet, à 1 heure du matin, un ordre arrive à la caserne Ney, occupée à Toul par le 146e. C’est l’ordre d’alerte. Le régiment doit partir sans délai pour gagner sa position de couverture. Immédiatement, la caserne silencieuse et endormie s’anime et s’éclaire. Le mouvement, l’activité règnent partout, mais nulle part l’agitation ou l’énervement. Les préparatifs sont faits avec la hâte que commandent les circonstances mais avec la régularité d’une opération bien prévue et bien montée.

A 4 heures, tout est prêt. Le régiment s’ébranle et franchit la porte du quartier. Quelles seront nos destinées dans le formidable inconnu qui se dresse devant lui ? La guerre ! Mot si souvent répété sans conviction en temps de paix, et qui déjà emplit le présent et l’avenir ! L’ennemi ne sera plus une fiction de manœuvre, on va l’aborder dans quelques jours. C’est vers un avenir de privations, de fatigues, de souffrances et de mort que marchent tous ces jeunes hommes qui cheminent sur la route de Nancy. Ils le savent et leurs réflexions sont fortes et graves. Point de chants ni de bruyantes conversations qui seraient déplacées. Chacun se sent en face du devoir, et s’y prépare. La confiance dans l’avenir est entière. Le moral est admirable.

Le drapeau est confié au 3e bataillon. A une brume épaisse qui remplissait toute la vallée succède bientôt un soleil torride qui rend la marche très pénible sous le lourd chargement et dans la poussière épaisse. N’importe ! Personne ne reste en arrière. Le régiment traverse Nancy, acclamé par la population, et, après une halte à Art-sur-Meurthe, arrive vers 20 heures à Haraucourt, son emplacement de couverture. Il a parcouru environ 40 kilomètres.

Les emplacements de couverture – Immédiatement, on s’installe en cantonnement d’alerte à la place d’éléments du bataillon de chasseurs de Saint-Nicolas-du-Port et le lendemain, 1er août, à 5 heures, le régiment se porte en avant de Haraucourt pour organiser la position. On creuse les premières tranchées. L’outil, qui devait jouer un rôle si important dans cette guerre, fait timidement son apparition. On aperçoit même quelques réseaux Brun. Le colonel Bérot, commandant le régiment, installe son P.C. à la mairie. Il a pour adjoint le capitaine Voisin. On apprend dans la soirée que la mobilisation générale a été ordonnée. Des bruits divers circulent, mais aucune nouvelle précise.

Le 3 aout, arrive le deuxième échelon, constitué par les réservistes. Ils sont extrêmement fatigués et ont subi un violent orage pendant la route. Leur aspect physique s’en ressent, mais leur moral est excellent. Le régiment est définitivement constitué sous les ordres du colonel Bérot.

Au loin, on entend le canon pour la première fois, puis c’est l’apparition du premier avion ennemi. Un renseignement arrive qui provoque les commentaires les plus confiants : une patrouille de douze dragons a surpris et mis en fuite une reconnaissance d’une quarantaine de uhlans. Son chef, un tout jeune sous-lieutenant, sorti de l’école pour la guerre, a tué de sa main le « rittmeister », dont il rapporte les armes.

Le 4, à 1 heure du matin, alerte. On s’attend à une attaque. Sous une forte averse, les compagnies quittent le village et occupent les emplacements de combat. Mais l’attaque ne se produit pas et la rentrée au cantonnement s’effectue au lever du jour. Le stationnement à Haraucourt se prolonge jusqu’au 8. Les habitants sont toujours présents et commencent leur moisson sans aucune inquiétude. Leur moral est à l’unisson de celui de la troupe, à laquelle ils multiplient les témoignages de sympathie. Le 6 août, le 2e bataillon traverse Haraucourt, au milieu de l’enthousiasme. Il a pour mission d’organiser défensivement la position du Rambêtant (sud-ouest de Haraucourt). Le 4e B.C.P. et le 39e R.A.C. qui défilent ensuite dans le village sont l’objet des mêmes ovations.

La marche en avant – Le 8 août, le régiment quitte Haraucourt et après une série de marches et de stationnements exécutés avec les dispositions rendues nécessaires par la proximité de l’ennemi, vient cantonner, le 19, à Chicourt. Pendant cette période, rien de particulièrement saillant. C’est la marche au combat. Le 8 au soir, alerte à Serres. Mais l’ennemi n’attaque pas. Il fait le vide, devant nous. Burthecourt et Chambrey ont été pris, le 7, par le 4e B.C.P. Les Bavarois évacuent Pettoncourt qui est occupé par nos troupes, le 13. Le 15, nous faisons connaissance avec l’artillerie ennemie. L’ennemi continue à céder : Salins et Château-Salins sont enlevés, le 17. Le 18, le repli sur toute la ligne se confirme. Dans sa retraire, il a abandonné 14 pièces, et, les nombreux cadavres que l’on trouve dans les tranchées donnent déjà une idée des effets de notre artillerie de campagne.

On parle d’une offensive de tout le corps d’armée. Le 19, le régiment gagne Chicourt, détachant le 1er bataillon (commandant David) à Château-Bréhain. Sur l’ennemi, peu de renseignements. Quelques patrouilles de cavaliers allemands se montrent seulement. La marche est devenue difficile. A Chicourt, se trouve également un régiment de coloniaux.

La ruée allemande – Tout à coup, le 20 au matin, après une nuit calme, les obus ennemis pleuvent sur Chicourt, et une fusillade nourrie crépite subitement aux portes du village. La retraite ennemie n’était qu’une feinte. La bataille s’allume. Des hauteurs qui environnent Chicourt, des nuées de fantassins allemands surgissent.

En cet instant critique, le colonel Bérot, très calme, juge froidement la situation et donne des ordres. Deux compagnies sortent du village et se déploient immédiatement. Les projectiles ennemis prennent déjà le village d’enfilade. Les autres compagnies occupent rapidement leurs positions pour combattre tandis que les trains et convois se replient sur la route d’Oron, déjà accompagnés par les obus ennemis.

L’ardeur de nos chefs et de nos soldats est incomparable ; il se font tuer sur place plutôt que de reculer, les pertes augmentant à vue d’œil. Une section de la 3e compagnie qui combat avec acharnement depuis le matin, est presque anéantie. A 16 heures, il ne reste que son chef, l’adjudant Gozillon et le sergent Bernard Collière, qui tirent jusqu’à la dernière les cartouches que le soldat Gosselin, les deux jambes fracturées, prend sur les morts. Les traits d’héroïsme se multiplient. Hélas ! tant de sacrifices n’éviteront pas la retraite. Les flots ennemis semblent sortir de terre, leur supériorité numérique est écrasante. Il faut, la rage au cœur, se résoudre à l’inévitable. Déjà, sur la route de Château-Salins, affluent, pêle-mêle, voitures et blessés. C’est la retraite : sombre et angoissante vision pour un soldat. Le soir, un obus allemand blessa mortellement le colonel Bérot et tua le capitaine Voisin, au moment où, tous deux, au sommet d’un tertre, examinaient la situation. Saluons le premier colonel du 146e tombé au champ d’honneur. Pendant cette fatale journée, il avait atteint les plus hauts sommets des vertus militaires. Son adjoint, le brave capitaine Voisin, l’avait secondé de son dévouement et de sa prodigieuse activité, passant presque toute la journée à cheval, pour porter lui-même les ordres de son chef. Ces deux hommes ouvrent glorieusement le livre d’or du régiment.

Un regroupement à Château-Salins, et la retraite morne et désespérante continue sur la route de Nancy. Le commandant David avait pris le commandement du régiment. Le combat de Chicourt, qui fait partie de la bataille de Morhange, avait couté 1250 hommes.

La contre-offensive – Reorganisé à Fléville, le 146e se reporte en avant dès le 24, pour réoccuper sa position de couverture. L’ennemi s’est avancé jusqu’aux abords de Haraucourt qui est bombardé et bientôt en flammes. Sur cette position de Haraucourt-Einville, le régiment luttera opiniâtrement en des combats continuels, attaquant, contre-attaquant journellement jusqu‘au moment où l’ennemi renoncera toute entreprise offensive.

Le 25, le régiment repousse devant Haraucourt une forte attaque ennemie, en lui infligeant de graves pertes. Mais lui-même est réduit à 1650 hommes. Quelques jours après, l’arrivée de renforts porte son effectif à 32 officiers et 2260 hommes. A ce moment, le régiment avait glissé vers la droite et organisait la cote 316 au nord-est de Crévic.

Le 1er septembre, attaque française. Le régiment, qui avait été envoyé dans la nuit précédente se reposer à Sommeviller, est rappelé presque aussitôt pour former réserve de division, à la lisière est du bois d’Einville. L’objectif est la brasserie d’Einville. L’attaque est dure. Nos 5e et 6e compagnie engagées, se heurtent à de solides positions et subissent de fortes pertes.

Le 3 septembre, dans le bois de Maixe, une attaque ennemie est repoussée par le 1er bataillon, pendant une relève par le 156e. Le 4 septembre, après cette relève, le régiment occupe une ligne de tranchées sur le plateau au dessus de Drouville. Malgré un furieux bombardement de nos positions, l’ennemi échoue, à 21 heures, dans son attaque sur Gellenoncourt.

Haraucourt_bombardee-sept-1914-

Le bombardement reprend, acharné, sur Haraucourt, le 5, dès le matin. Gellenoncourt est en flammes. Depuis la veille au soir, l’ennemi renouvelle obstinément ses attaques, sans obtenir le moindre avantage. Partout sur son front, le 146e lui oppose une barrière infranchissable, mais cadres et hommes sont exténués. Des éléments d’autres régiments du corps d’armée viennent le renforcer. C'est le 6 septembre que Paul Labiche perd son camarade Bombonnais Jules Chertemps combattant au bois d'Einville. (voir sur ce blog la page du 17 octobre 2014)

La bataille continue sans que l’ennemi puisse mordre en un seul point. Le 7, Haraucourt s’allume. C’est le jour de l’arrivée du colonel Des Mazis, nommé au commandement du régiment. Peu après un obus blesse sérieusement le commandant David. Mais cet admirable soldat ne quitte pas le champ de bataille. Ayant aperçu en un point de la ligne un flottement inquiétant, il s’y rend et, en pleine zone battue, avec un sang-froid impressionnant, réconforte les cœurs et raffermit les courages. En cet endroit des plus exposés, il reçoit une deuxième blessure qui l’oblige à se rendre au poste de secours.

Le même jour, le lieutenant Lucot, tirant lui-même sa mitrailleuse, attend l’ennemi à bout portant et se fait tuer sur sa pièce. La lutte est tout aussi acharnée le 8. De part et d’autre ce sont des attaques sans répit. L’ennemi a réussi à se rapprocher un peu de Haraucourt, après une légère avance, vite enrayée et le 10, par une attaque heureuse, le régiment dégage Haraucourt. Mais, pendant la nuit, l’ennemi contre-attaque, et un repli du 1er bataillon oblige toute la ligne à rétrograder. Il faut attaquer à nouveau. Les restes du 146e, renforcés des chasseurs à pied et d’un bataillon du 26e, tentent un nouvel effort, le 11 septembre, à 8 heures. Dès les premiers bonds, les mitrailleuses ennemies entrent en action. L’ennemi s’est solidement retranché et échappe à notre artillerie.  

A 16 heures, nouvel assaut, arrêté par les mitrailleuses ennemies placées à Gellenoncourt, d’où elles prennent nos lignes d’enfilade. Il faut se dégager à la nuit.

Le repli allemand – A ces furieux combats succède, le 12, un calme inattendu. Que s’est-il passé ? Au petit jour, nos patrouilles qui recherchent le contact rendent compte que l’ennemi s’est replié. Gellenoncourt est immédiatement occupé. Dans le clocher, dans les arbres, on retrouve des emplacements de mitrailleuses ennemies. Les tranchées ennemies contiennent des garnisons de cadavres. Des blessés prisonniers déclarent n’avoir pu être ravitaillés pendant quatre jours à cause de notre artillerie. Le terrain est couvert de matériel abandonné. De Gellenoncourt, Haraucourt et Drouville, il ne reste que des pans de mur branlants et des débris qui achèvent de se consumer.

L’ennemi a sans doute compris l’inutilité de ses attaques ; il s’organise en arrière, sur les pentes à l’ouest de Serres, et semble vouloir adopter une attitude défensive. Depuis le 31 juillet, le régiment a reçu 4200 hommes et 75 officiers ; il lui reste 17 officiers et 1145 hommes. Il est sur la brèche depuis plus de quarante jours. Dans un ordre du jour, le commandant du corps d’armée rend hommage à la ténacité de tous.

Le 13, l’ennemi continue à rompre. L’aspect du terrain qu’il abandonne permet de constater les terribles pertes qu’il a éprouvées : des cadavres partout ; des pièces d’artillerie détruites, des mitrailleuses jonchent le sol de leurs débris. Cette retraite a réellement été imposée. Le 13, parvient l’ordre de relève de la 39e division d’infanterie, par la 79e. Le régiment arrive au terme de ses opérations sur cette terre lorraine qu’il a si généreusement arrosée de son sang et où sa résistance indomptable a contraint l’ennemi à la retraite. En outre, cette résistance a été un des facteurs de la victoire de la Marne, en assurant à l’offensive de nos armées un pivot solide à leur droite. Des officiers comptant au corps le 2 août, il reste deux capitaines qui commandent des bataillons et sept ou huit lieutenants ou sous-lieutenants. 

La course à la mer. Fouquescourt (25-30 septembre) – Relevé en Lorraine le 13 septembre, le régiment reçoit 10 officier et 400 hommes de renfort, part le 14 et, après plusieurs jours de marche, arrive le 20 à Domgermain, où il cantonne en vue d’un embarquement en chemin de fer.

L’embarquement commence dans la nuit du 20 et se termine pendant la journée du 21 après un déplacement d'environ 350 klmomètres en train. Le débarquement a lieu le 22 à Poix et, le 25, le régiment marche à nouveau à l’ennemi. Il est arrivé au lever du jour à Rouvroy-en-Santerre. Il s’agit de reprendre Fouquescourt, dont l’ennemi s’est emparé la veille.

Rouvroy-eglise-sept-1914 

Église de Rouvroy bombardée

La formation d’approche est prise. Aussitôt Rouvroy dépassé, le régiment tombe dans une zone violemment battue par l’artillerie. La progression n’en continue pas moins par échelon ; le régiment se déploie et ne tarde pas à être pris sous les terribles gerbes de mitrailleuses ennemies qui bordent Fouquescourt. Il avance toujours et parvient à une centaine de mètres du village, mais c’est en vain qu’on essaie d’aller plus loin. Le 1er bataillon subit des pertes particulièrement cruelles. Le capitaine Munier qui le commande est grièvement blessé. Un lieutenant le remplace. Notre artillerie tire sans discontinuer ; elle hache des renforts ennemis qui sont venus se masser dans le verger du château, derrière l’église, mais elle n’arrive pas à briser l’obstacle et à ouvrir la voie. Roquescourt est en flammes.

Le 25 à la tombée de la nuit, le lieutenant-colonel Pierre Des Mazis ordonne un suprême effort. Lui-même donne le signal de l’assaut et tombe mortellement frappé. Cet assaut ne permet qu’une légère progression, et, pour la deuxième fois, le 146e voit son chef tomber héroïquement. C'est lors de cet assaut que le Bombonnais Paul Labiche est tué comme son chef et comme d'autres camarades.

 

route-de-Fouquescourt-sept-1914 

Route de Fouquescourt

Le 26, en l’absence de chef de bataillon, un capitaine a pris le commandement du régiment. L’ennemi a évacué Fouquescourt pendant la nuit, y laissant de nombreux morts. Il ne tient sans doute pas à subir un nouvel assaut, que l’ardeur de nos soldats lui laisse prévoir. Fouquescourt est immédiatement occupé. On y trouve un nombre considérable de blessés allemands.

Carnet du cavalier, Nissim de Camono,  Samedi 26 septembre:
"A l’aube notre infanterie occupe Fouquescourt que l’ennemi a abandonné dans la nuit. Le spectacle est inimaginable : monceaux de cadavres allemands, caissons sautés, moutons et vaches déchiquetés ; tirailleurs français morts à leur poste aux abords du village ; des bras, des jambes partout. Nous occupons à pied la route Vrely-Rouvroy toute la journée jusqu’à 7 h. du soir."

Les jours suivants, l’ennemi compense son échec par de violents bombardements au cours desquels le médecin aide-major Aublant, du 3e bataillon, se fait remarquer par son tranquille courage. Le commandant David a rejoint le régiment le 25 et en prend le commandement.

Le 29 septembre, le 146eRI, comme tout le 20e corps est cité à l’ordre de l’armée. 

LES SOLDATS BOMBONNAIS TUÉS EN 1914 ET 1915

Les Bombonnais se trouvèrent sur tous les fronts ouverts en 1914 et 1915. L'ennemi exécutait en Lorraine une offensive pour attirer nos armées sur ses positions d'artillerie, tout en cherchant la décision sur notre aile gauche par une action de plus grande envergure. Ce fut la bataille dite de Charleroi bien qu’elle s’étendit sur un front de 120 kilomètres, choc formidable qui fut suivi d’une folle et imprudente ruée ennemie à travers notre région du Nord.

En Lorraine combattirent les Bombonnais Paul Person (31e RI), Jules Chertemps (146e RI), Émile Duvernoy (237e RI), Émile Perrot (346e RI) et Lucien Cossu (5e RAP).

Dès le 6 septembre, nos troupes, que l’ennemi croit démoralisées, passent résolument à l’offensive, l’arrêtent, le maitrisent et le forcent à la retraite par la glorieuse victoire de la Marne que nos moyens ne nous permirent malheureusement pas de changer en déroute. Le 9 septembre, toutes les forces ennemies étaient en retraite.

Lors de cette bataille et de ses suites furent tués les Bombonnais Paul Labiche (146eRI) et Georges Cossu (20e BCP)

La victoire de la Marne rétablit l’équilibre. Le commandement allemand, revenant à son plan préféré, va chercher à envelopper notre gauche par l'ouest. Tous les renforts ennemis affluent dans la Somme et le Pas de Calais. Le commandement français leur oppose de nouveaux effectifs et le front s’allonge ainsi de plus en plus vers le Nord.

Cette période est connue sous le nom de « Course à la mer ». L’ennemi trouve toujours devant lui de nouveaux effectifs et les deux fronts atteignent la mer. Il frappe alors à coups redoublés en direction de Calais, dans la sanglante bataille des Flandres.

Les Bombonnais Fulgence Jozon et Paul Siméon, tous deux du 2e BCP s'y sacrifièrent. 

La guerre de positions a succédé à la guerre de mouvement, ce sont les tranchées.. Après la bataille des Flandres, les Allemands n’entreprennent plus d’importantes opérations offensives pendant l’année 1915. Cette année est marquée par l’offensive française de la bataille d’Arras (9 mai 1915), et surtout par la tentative de rupture du front ennemi qui se termine par la victoire de Champagne-Artois (25 septembre). 

Les Bombonnais Charles D (31eRI), Eugène Courtin (246eRI), Joseph Masson (44e BCP), Maurice Bucheron (2eBCP), Edmond Devilaine (346e RI) furent tués en 1915.

Quatorze bombonnais tués en seulement deux ans ! 

Nous ne saurions oublier leurs sacrifices !