CINQ SOLDATS DE BOMBON SONT MORTS POUR LA FRANCE ENTRE LE 15 JUILLET ET LE 8 SEPTEMBRE 1916

SEULS QUATRE D'ENTRE EUX ONT LEUR NOM SUR LE MONUMENT AUX MORTS DE BOMBON: IL FAUDRAIT RAJOUTER HENRI SIMÉON

ILS ONT TOUS COMBATTU POUR DÉFENDRE VERDUN, TROIS Y SONT MORTS, SEULS DEUX D'ENTRE EUX SONT TUÉS AU DÉBUT DE LA BATAILLE DE LA SOMME  

Lucien (Théophile) MINOT né le 14 avril 1887 à Limon (Nièvre), Soldat de 2e Classe au 3e Régiment de Marche de Zouaves, mort pour la France le 15 juillet 1916, sus à l'ennemi au combat de Verdun (Meuse). Garçon vacher venu conduire des vaches nivernaises comme Charles D. il s'était établi à Bombon. Inhumé à Douaumont, nécropole nationale, tombe n°J 9209.

Le début de l'année 1916 avec le 3e Zouaves à Verdun

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Le 3e Zouave stationnait dans la région de Dunkerque en décembre 1915. Il a passé trois mois au calme pour se reconstituer et s’entraîner. Il s’ébranle le 7 janvier 1916 avec toute la 37e division pour rejoindre le VIIe Corps dans la région de Bar-le-Duc.  Il a sa base dans les villages de Robert-Espagne, Trémont et Beney. Puis le 3e Zouaves va s’entraîner au Camp de Mailly. Il quitte ce camp en raison d’une alerte le 11 février.  Le Haut commandement s’attend à une attaque massive des allemands sur Verdun. Le 3eZouaves regagne sa base et trois jours après, le régiment est transporté en camions prés de Souilly.

Son itinéraire ensuite passe par Issoncourt, puis Ippecourt qu’il occupe. Le chroniqueur officiel du régiment raconte la suite.... Le 21 février au matin une violente cannonade se fait entendre. Le téléphone transmet l’ordre d’alerte; il n’y a cependant pas à bouger encore. Le lendemain nouvelle canonnade, nouvelle alerte, Le régiment se porte sur Ansemont où il reçoit quelques obus destinés au Pont de la Meuse. Le 23 dans la matinée, il s’achemine sur Fleury devant Douaumont.

Après une nuit passée au bivouac, que la rigueur d’un froid de quinze degrés rend extrèmement pénible, le Colonel Philippe reçoit l’ordre de porter le régiment dans le ravin au sud-est de Louvemont pour être en mesure d’agir, soit en direction de Bois-le-Chaume, soit en direction de la Croupe 344. Successivement les bataillons par les Ravins des Vignes et la rive gauche de la Meuse se dirigent sur le village de Bras en formation largement ouverte.

En cours de route, des renseignements sont fournis par les blessés venus de l’avant: “Le village de Samogneus, est disent-ils tombé aux mains des allemands; celui de Louvemont aurait été evacué par les français.” Sans se laisser émouvoir par ces nouvelles alarmantes, le régiment poursuit sa route comme à la manoeuvre et atteint le ravin de Heurias où il s’établit en position d’attente.

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Confirmation officielle est donnée au Colonel Philippe, le chef de corps du 3e Zouaves de la progression alarmante des allemands qu’il faut arrêter coûte que coûte avec ses trois bataillons (1,5,11). Le 11e bataillon qui avait pris la tête , reçoit l’ordre de prendre position sur la Côte du poivre. Le 5e bataillon sur les hauteurs à l’Est, de la route de Louvemont que tient toujours un régiment de Tirailleurs.

Le 1er Bataillon tout d’abord en réserve, allait être employé en partie le lendemain, pour renforcer le 5e bataillon. Les deux bataillons de tête vont aussitôt prendre leurs emplacements et gravissent, dans un ordre parfait, les pentes abruptes dominant le ravin.

A leur débouché sur la crête, ils sont salués par un bombardement  d’une violence inouïe.  Les obus de 210, en crevant la croute de terre gelée, font retomber sur les hommes, en même temps que leurs éclats, d’énormes mottes de terre durcie, soulevées par des explosions.

Au retour d’une reconnaissance, et tandis qu’il disposait ses compagnies au Nord de la Côte 342, le Commandant Mondielli, Chef du 11e bataillon est atteint d’un éclat d’obus et transporté à l’arrière.

En dépit du bombardement que la nuit seule ralentit un peu, le 3e Zouaves se met à l’oeuvre pour organiser ses positions. Les hommes travaillent avec tant d’ardeur, que malgré la température glaciale, ils souffrent d’une soif cruelle, qu’ils apaisent en absorbant de la neige. Au moyen d’outils portatifs on approfondit les tranchées existantes. Et on en creuse de nouvelles; ainsi se passe la nuit.

Le 25 à 7 heures des coups de fusils signalent l’arrivée de l’ennemi. Dans le ravin de Vacherauville, à l’Ouest de Louvemont, le bombardement de plus en plus intense, atteint une violence qui n’avait jamais été constatée encore.  À 14 heures, le tir de l’artilerie s’allonge et l’ennemi se porte à l’assaut. Enhardi par les succès des jours précédents, il croit pouvoir en finir avec nous. Cette dernière résistance vaincue, Verdun est à lui; mais de notre côté nous veillons.

Ce n’est pas seulement une position importante qu’il s’agit de défendre. Chacun a compris que Verdun symbolise la résistance française; coûte que coûte il ne faut pas que l’ennemi passe et il ne passera pas. Le canon qui tonne depuis trente heures n’ébranlera pas la fermeté des défenseurs, on pourra mourir s’il le faut; on ne reculera pas.

Les vagues ennemies s’avanceront nombreuses et serrées, mais accueillies par le feu des fusils et des mitrailleuses, saisies d’une sorte de panique, elles reculent, et, après avoir subi des pertes importantes, refluent en désordre jusqu’au fond du ravin.

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Un peloton du 3e Zouaves équipé pour le combat.

L’insuccès de cette première tentative ne décourage pas les allemands; l’enjeu est si beau, l’objectif paraît si rapproché !

Après un nouveau bombardement, ils prononcent une nouvelle attaque aussi violente que la précédente. Sur certains points, les ennemis parviennent près de nos tranchées, mais, comme la première fois, ils sont refoulés et subissent des pertes encore plus sensibles. À plusieurs reprises, l’ennemi tente de déboucher du village de Louvemont et des crêtes situées à l’Est.

Sous le choc de ces assauts incessants, des actes d’héroïsme se multipliient qui méritent d'être cités. C’est ainsi que les allemands ayant réussi à pousser en avant plusieurs mitrailleuses, le zouave mitrailleur Dufau n’hésite pas: Il braque sa pièce sur celles de l’ennemi et engage avec elles un duel hélas ! trop inégal. Bientôt une balle l’atteint en pleine poitrine, mais en tombant Dufau s’écrie: “ Ça va bien, c’est pour la France”.

Plus loin un autre mitrailleur regarde navré sa pièce impuissante dans un moment aussi critique; un obus vient d’en briser le trépied. Mais son aide a une idée toute simple; il s’accroupit et fait placer sur ses épaules la pièce qui recommence à semmer dans les rangs ennemis, la panique et la mort.

À la tombée de la nuit nous conservons toutes les positions que nous occupions la veille.

Cependant l’ordre de repli arrive. La nouvelle est si inattendue que, croyant à une erreur, les chefs de bataillon demandent une confirmation écrite de cet ordre. Les prescriptions sont formelles; il faut obéir.

Le décrochage s’opère sous la protection de quelques éléments qui rejoignent le lendemain matin  le régiment rassemblé à Belleville.

Impressionnés par l’attitude décidée des défenseurs de la Côte du Poivre, les allemands n’osèrent pas renouveller leurs attaques.

Aussi , le Général commandant le 30e Corps d’armée rendit en ces termes hommage à la solidité du régiment dans la journée du 23 février;  “Le 3e Zouaves a écrit ce jour là, la plus belle page de son histoire. S’il ne s’était trouvé pour arrêter l’ennemi, la ligne française était enfoncée et Verdun était pris".

Puis le régiment passé par plusieurs villages sans avoir à combattre: Belleville, puis de Rumont, puis  Chatenois du 6 au 9 mars, puis Méricourt, Savigny, Villers-sur-Moselle et le 12 avril il est embarqué à Bayon, passe à Ligny-en-Barois et prend la direction de Verdun.

Pendant deux mois et demi, le 3e Zouaves va garder le secteur d’Avocourt, passant alternativement une dizaine de jours en ligne et une dizaine de jours en réserve, soit à Brabant, soit à Récicourt. La tâche est rude; le Bois Carré, l’ouvrage des Rieux, viennent d’être reconquis et il s’agit de les organiser. Les tranchées rares et à peine ébauchées n’offrent qu’une protection insuffisante contre une artillerie ennemie très active. Sous les bombardements ininterrompus, le travail est incessant; le temps se déclare contre nous. Les pluies fréquentes détrempent le sol défoncé par les projectiles;  les tranchées s’effondrent et l’on vit dans la boue, dans l’horrible boue de Verdun.

Des deux côtés on cherche à s’approcher pour mieux s’observer et bientôt en certains points, les petits postes sont à peine à dix mètres les uns des autres. Cette proximité impose la lutte à la grenade; c’est à qui en jettera le plus pour neutraliser et démoraliser son adversaire. De temps en temps, la torpille vient mêler sa note brutale à ce concert assourdissant.

Malgré ces difficultés, tranchées, boyaux, abris se creusent, souvent transformés en entonnoirs par l’éclatement des obus. L’adversaire voit des réseaux de fil de fer et des chevaux de frises se dresser inopinément devant lui.

Exposés à toutes les intempéries, nos soldats doivent, au prix d’efforts surhumains, reprendre continuellement un travail qui ne s’achève jamais. Les relèves et le ravitaillement s’opèrent avec les plus grandes difficultés. Accablés par les obus qui pleuvent, aveuglés par la flamme de nos pièces d’artillerie, ils doivent parcourir rapidement les pistes gluantes de la forêt de Hesse. En certaines de ces parties, les cuisines roulantes elles-mêmes, doivent y être lancées au gallop.

Toutes les tentatives de l’ennemi sont déjouées; par contre le 12 mai, le régiment réussit un coup de main qui nous livre des prisonniers.

Mais nos forces diminuent. Nos pertes sont élevées, la relève est décidée. Le 344e RI arrive dans la nuit du 1er au 2 juillet. Le 3e Zouaves descend des lignes et se rend par autos à Stainville-Mesnil-Sur-Saulx, où les circonstances ne lui permettront qu’un repos de courte durée.

Les allemands, en effet, réalisent depuis quelques jours sur le rive droite de la Meuse et dans la direction de Verdun, une progression inquiétante. Thiaumont, Fleury sont tombés. L’ennemi approche de Souville et menace de forcer les derniers retranchements de la citadelle.

Le 12 juillet, dans la matinée, le régiment se voit enlevé en autos et transporté à Verdun où il cantonne.

Le 13 et le 14 sont employés aux préparatifs d’attaque et aux reconnaissances. Celles-ci ne font que confirmer la situation précaire de notre ligne de défense. Entre Souville et la Côte de Froideterre, la position n’est plus gardée que par des groupes peu nombreux de fantassins blottis dans des trous d’obus. La Chapelle-Sainte-Fine et la Poudrière de Fleury sont aux mains de l’ennemi mais, du côté français, on l’ignore encore, tant l’incertitude est grande au sujet de l’étendue de l’avance allemande. Il semble que la forteresse de Verdun soit à la merci du moindre effort.

C’est dans ces tragiques circonstances que la 37e Division, à laquelle appartient le 3e Zouaves, monte en ligne le 14 juillet au soir.

Le 3e Zouaves se dispose à sa place de bataille au Sud de Fleury, entre le Petit Bois et l’Abri des Quatre Cheminées; le 1er Bataillon au pied de la Croupe de Fleury, le 5e Bataillon , à sa gauche en travers du Ravin des Vignes; le 11e Bataillon en soutien, derrière le centre du dispositif. Il a comme objectif la Crête et le Village de Fleury.

Le 15 juillet à 7h55, le régiment se porte à l’attaque, sur un terrain découvert, dominé de tous côtés par des crêtes d’où l’ennemi, invisible, concentre sur nos vagues d’assaut, le tir de ses mitrailleuses.

Sous les rafales meurtrières, l’avance est pénible et bientôt elle est complètement enrayée. Le Chef de Bataillon Adolphe Torlotting blessé mortellement d’une balle au ventre, reste étendu jusqu’au soir sur le terrain sans qu’on puisse lui porter secours. Le capitaine Louis, jeune et énergique officier, qui était parti à l’attaque avec un fusil à la main gisait à ses côtés.

Tué aussi le capitaine Bouquet, engagé comme simple Zouave, à 53 ans, en même temps que ses deux fils, entre lesquells une balle allemande vint le frapper.

Tous les officiers du 1er Bataillon et plus de la moitié des hommes sont hors de combat.  Le Bataillon de gauche (5e) n’est guère moins éprouvé. La situation de ces éléments accrochés au terrain est très critique, car un violent barrage d’artillerie et de mitrailleuses interdit toute communication avec eux.

C’est ce jour là que Louis Théophile Minot de Bombon perd la vie avec un grand nombre de ses compagnons d’armes.

Le Bataillon de réseve (11e) qui veut intervenir, se voit à son tour, bloqué par l’intensité du feu de l’adversaire. Les survivants sont contraints de rester immobiles, le reste de la journée dans des trous d’obus qui n’offrent qu’un abri insuffisant contre le tir fichant de l’adversaire.

Enfin la nuit rend quelque liberté à nos mouvements; vite, on approfondit les trous existants, on les relie entre eux; on organise ainsi sur la position conquise chèrement, des éléments de tranchées.

Le 2e Zouaves, venu dans la nuit pour continuer l’attaque, déclanche sans succès son mouvement. Les deux bataillons du 3e Zouaves, les plus éprouvés, sont relevés au cours des nuits suivantes, tandis que le 11e est maintenu en ligne. Honneur au Bombonais Louis Théophile Minot !

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Albert DELAFOSSE, né le 17 avril 1880 à Bombon, fils de Casimir Anatole et de Clotilde Catherine HERLEN,  Soldat de 2e Classe au 160e Rgt d'Infanterie, Mle 09291, mort pour la France, tué à l'ennemi à Bray-sur-Somme (Somme) le 17 juillet 1916. Il avait sa famille à Paris 18e Arrondissement. Les Delafosse de Bombon étaient marchands ou artisans-maçons. Certains travaillaient dans la maison Porchereau. Son père Casimir Anatole était cocher et son grand père Pierre Cyril Delafosse était régisseur. Photo extraite du mémorial de la Banque de France.

Albert faisait partie des pompiers de Bombon. Il avait fait des études, ce qui lui permit d'entrer à la Banque de France et de vivre à Paris.

Son régiment défend Verdun en février-mars 1916 à Froideterre,  à Louvemont, à la ferme et au ravin de Thiaumont. Puis il est transporté dans la Somme en juin au nord de Suzanne.

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Il participe à la bataille de la Somme: depuis Hardecourt-au-bois dès son déclanchement le 1er juillet. Son régiment fait reculer l'ennemi et capture de nombreux prisonniers dans les premiers jours; mais les allemands se ressaisissent et leur artillerie est très meurtrière. Albert Delafosse sera tué lors de cette riposte le 17 juillet. Les Bombonais rendent hommage à sa mémoire.

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André (Laurent) MUELLER né le 30 janvier 1888 à Paris-9e, Lieutenant au 17e Régiment d'Artillerie de Campagne, Officier de la 7e batterie, Chevalier de la Légion d'Honneur - Ingénieur Arts et Manufactures (Centrale Paris) Promotion 1912, mort pour la France des suites de blessure de guerre, ambulance 12/1, à Cayeux-en-Santerre (Somme) le 21 aout 1916. Né à Paris, il s'était aussi marié à Paris-18e le 27 décembre 1913 à Claire Louise Courbo. Ils eurent une fille Suzanne Mueller qui habitait Bombon rue de St-Mery. La tombe du lieutenant se trouve au cimetière de Bombon, photo ci-contre.

Jusqu’en juin 1916 le 17e RAC avec la 3e DI se trouvait dans le secteur des Hauts de Meuse.

Le chroniqueur du régiment rapporte son parcours à partir du début de l'année 1916.

Deux groupes avaient repris leurs positions du mois d’aout 1915. Le premier se trouvait au Bois Haut lorsque se déclancha l’attaque allemande du 21 février.  Le contre-coup s’en fit aussitôt sentir dans tout le secteur et particulièrement au Bois Haut, où il fallut parer à une extension possible de l’offensive ennemie, tout en faisant face à la Wövre.  Le 1er groupe eut la mission lourde de prêter son appui aux voisins, sans cesser de participer aux tirs de concentration, de répondre aux demandes de l’Infanterie et d’assurer ses barrages.

Déplaçant rapidement ses batteries, il put remplir sa tache. La 2e batterie eut la satisfaction d’arrêter net une attaque allemande qui débouchait des bois de Manheules pour enlever Villers-sous-Bonchamp.

La situation s’améliora d’ailleurs assez rapidement. Le secteur n’en resta pas moins dur du fait de son étendue, des nombreux tirs et des difficultés de ravitaillement.

C’est sans regret que le régiment quitta cette région, à la fin de juin, s’embarquant pour la Somme.

Tous revoyaient avec plaisir ces plaines qui étaient leur région d’origine, avec l’espoir que l’offensive prochaine libérerait les villages envahis.

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 La caserne d'origine du 17e RAC à La Fère

Après trois semaines de repos coupées de quelques exercices de cadres, le 17e RAC reprenait le 13 juillet la route du front et, le 23 , relevait dans la région d’Assevillers-Flocourt, l’artillerie d’une division coloniale arrêtée dans sa progression devant Barleux et Villers-Carbonnel.

Dès l’entrée en ligne les groupes souffrirent du feu. L’artillerie allemande, un moment désorganisée, s’était rétablie sur la rive droite de la Somme et arrosait copieusement les batteries et l’infanterie, leur causant des pertes.

En collaboration avec le 29e RAC, le 17e eut à soutenir l’infanterie, l’appuyant pour les attaques d’aout et de septembre: attaque de Chancelier (1er aout), de Souville (16 aout), tranchée de Tahure (4 septembre).

Le lieutenant Mueller fut blessé grièvement à Souville le 16 aout.  Rapatrié à Cayeux-en-Santerre, il est mort de sa blessure cinq jours plus tard. Honneur à la mémoire de cet officier Bombonais.

Edmond DEVILAINE, né le 12 décembre 1882 à Guignes, Soldat de 2e Classe au 346e Régiment d'Infanterie, mort pour la France, tué à l'ennemi le 8 septembre 1916 au Fort de Vaux à Verdun (Meuse). Son père était manouvrier et sa mère Alexandra était de la famille Lejeune. Son frère Edouard et sa soeur Aimée étaient plus jeunes que lui. Il avait sa famille à Bombon. 

Un autre Bomnonais avait servi dans le même 346e régiment d'infanterie. Émile Perrot avait été tué en septembre 1914.  Au début du mois de septembre 1916, trois Divisions d'Infanterie françaises sont en ligne sur le front de Verdun :
- la 33e D.I. (59e, 83e, 88e et 209e R.I.) tient le secteur de la Côte du Poivre
- plus à l'est, la 73e D.I. (346e, 356e, 367e et 369e R.I.) tient les positions du Retegnebois, du Chênois et de la Laufée
- dans sa continuité, la 28e D.I. (22e, 30e, 99e et 416e R.I.) occupe le font de Discourt et les pieds des Côtes de Meuse et de La Laufée
 

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Le 346e RI, le régiment d'Edmond Devilaine se situe donc vers Retegnebois et La Lausée

Le 4 septembre à 8 h, dans le secteur de Retegnebois, le 214e R.I. qui est soumis à un violent bombardement depuis 5 h du matin, voit les Allemands sortir des tranchées face à lui. Rapidement, la 18e compagnie est submergée et doit reculer. Cependant, les positions ne sont pas dépassées grâce à quelques mitrailleuses restées en place et toujours servies.

Une contre-attaque est ensuite menée avec le renfort du 1er bataillon du 346e R.I. Elle permet de reprendre les anciennes positions qu'occupaient la 18e compagnie et à faire environ 200 prisonniers, de très jeunes soldats.
Un témoin rapporte: " Deux Allemands soutiennent un camarade qui agonise. Une grande amitié devait unir ces trois hommes. Les deux qui sont valides ont les yeux plein de larmes et comme le blessé agonise, l'un d'eux se penche vers lui et l'embrasse longuement. Impressionnés par tant de malheur et en dépit de l'exaspération quelques soldats français s'arrêtent, émus. "

A 13 h 20, la 13e compagnie du 4e bataillon du 346e R.I. attaque en direction de l'ouvrage Rond; 3 lignes de tranchées sont reprises à l'ennemi. En arrière, la 14e compagnie consolide la progression.

Dans la soirée du 4 septembre l'explosion du tunnel de Tavannes fit près de 1000 morts parmis les troupes françaises, anéantis les services médicaux de plusieurs régiments qui s'y étaient installés: des médecins majors et des infirmiers régimentaires des 346e, 367e, 368e et 369e R.I. ainsi que des blessés qui, couchés sur des brancards et se sentant en sécurité, attendaient leur évacuation.  

Le 5 septembre - Préparation d'artillerie en vue d'une contre-attaque française sur la Carrière
Toute la journée et la nuit, il pleut.
Du côté français, on s'affaire aux préparatifs de la contre-attaque de la Carrière. Elle est prévue pour le lendemain et exécutée par le 367e, le 346e R.I. et 2 bataillons du 288e,
Du côté allemand, pas de mouvement important à signaler, les hommes survivent dans les tranchées pleines de boue.

6 septembre - Contre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois
Au matin, le 288e R.I. s'élance à l'assaut de la tranchée Montbrison. La bataille est très violente et tumultueuse. Les 4e et 5e bataillons parviennent à atteindre leurs objectifs et à les dépasser.
De son côté, le 6e bataillon trouve face à lui des éléments qui n'ont pas été détruit par la préparation d'artillerie. Ne pouvant pratiquement pas progresser, les hommes tombent les uns après les autres. Il ne reste plus qu'un seul officier vivant lorsque les renforts arrivent enfin. Ce sont 3 compagnies du 6e bataillon du 220e R.I. ainsi qu'une compagnie de mitrailleuses qui sont arrivées. Cette nouvelle formation parvient cette fois ci à avancer et atteindre les abords de la tranchée de Montbrison.

Le 6e bataillon du 367e parvient à progresser de 1500 m et à reprendre dans sa course, les tranchées Hohenlohe et Blücher, à gauche de Retegnebois. 200 ennemis sont capturés avec 8 mitrailleuses. Les hommes du 367e R.I. repoussent ensuite plusieurs contre-attaques.

A droite de Retegnebois, le 346e part à l'attaque à 17 h 40 et parvient à atteindre sans grande difficulté tous ses objectifs. Le 5e bataillon les dépasse même et vient renforcer la tranchée Hohenlohe que vient de conquérir le 367e R.I., au nord de l'ouvrage Rond. Le Bombonais Edmond Devilaine participe à cette avancée significative de son régimrent.

Le 8 septembre - La Contre-attaque française sur la Carrière, la Haie-Renard et le Chênois se poursuit.

Dés le levé du jour, l'ennemi lance une attaque en avant de l'ouvrage Rond. Le 346e qui tient la tranchée Hohenlohe depuis le 6 est contraint de reculer sur ses anciennes positions. Une fois les hommes ressaisis et les munitions rassemblées, ils partent à la contre-attaque et reprennent la tranchée. Plus tard dans la journée, la même scène se reproduit, le 346e évacue sa ligne et la reprend peu de temps après sans attendre l'arrivée des renforts qu'on lui a annoncé. C'est dans ces contre-attaques que le Bombonais Devilaine est tué.

Depuis le début de juillet, l'échec de la gigantesque tentative allemande était un fait acquis aux yeux du Monde. Le nom de «Verdun » commençait à s'auréoler de prestige; et lorsque le Gouvernement de la République entendit consacrer la victoire de la France en décorant la ville de la Légion d'honneur, toutes les nations alliées voulurent s'associer à lui et la ville de Verdun reçut aussi des décorations des pays alliés.

La cérémonie eut lieu le 13 septembre, dans une casemate de la citadelle, en présence du président de la République, M. Poincaré, du ministre de la guerre, des cinq généraux à qui revenait l'honneur de la défense : Joffre, Pétain, Nivelle, Mangin et Dubois, et des représentants des puissances combattant à nos côtés: Grande-Bretagne, Russie, Italie, Serbie.

Sous les voûtes inviolées, le Président Poincaré pouvait s'écrier : « Voici les murs où se sont brisées les suprêmes espérances de l'Allemagne Impériale »  Cette victoire, la reprise de Douaumont, le mois suivant, allait l'affirmer de façon éclatante. Plusieurs Bombonais y avaient contribué, certains au prix de leur jeune vie. 

Henri ( Louis) SIMÉON, Caporal Au 98e Régiment d'Infanterie Territoriale est né à Paris le 23 octobre 1875. Déclaré "Mort pour la France", tué à l'ennemi le 4/5 septembre 1916, au Tunnel de Tavannes (Meuse). Il a sa tombe à FLEURY devant DOUAUMONT (Meuse). Nécropole nationale de Douaumont. Tombe n°5242. Il s'était marié le 22 avril 1901 à Bombon à Claire PERROT. 

Pourquoi le nom d'Henri SIMÉON ne se trouve-t-il pas sur le monument aux morts de Bombon ? Mystère ! Ne faudrait-il pas le rajouter ? Il est mort quatre jours avant et dans le même secteur qu'Edmond Devilaine. Dans l'historique de son régiment il figure même avec son grade récent de Sergent gagné au front.

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En juin 1916, le 98e RIT qui se trouvait à Toul et dans les environs est regroupé pour partir vers Verdun.
Il a en gestion le Tunnel de Tavannes, ainsi que le secteur de Souville
Il gère les flux des unités combattantes de leurs approvisionnements et de leurs blessés. C'est une mission harassante et tous les chefs de divisions dont les troupes bénéficiaient de ce service ne manquaient pas de remercier.
Une partie du corps médical devant l'entrée du tunnel avant l'explosion du 4 juillet.

Lettre du général d'ANSELME, commandant la 127e division, à M. le colonel commandant le 98e R. I. T., du 6 juillet 1916 :

« Le général commandant la 127e D. I. adresse ses félicitations aux 5e, 6e, 7e, 8e, 9e, 10e compagnies du 98e Territorial et aux compagnies du 2e bataillon du 17e Territorial, qui ont travaillé sous ses ordres dans le secteur de Tavannes, du 27 juin au 6 juillet 1916. « Par tous les temps, sous les bombardements les plus violents dans un secteur particulièrement difficile, tous ont accompli leur tâcha quotidienne avec un courage, un dévouement dignes de tous éloges. Ils ont ainsi puissamment et glorieusement contribué à la défense du pays, le général les en remercie.

« Signé : D'ANSELME ».

Le 4 septembre 1916 à 21h15 des caisses de grenades stockées à l'entrée du Tunnel, tombent prennent feu et le transmettent à des réserves de carburants qui explosent en une déflagration extrèmement meurtrière. Un témoin:

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"Un quart d'heure après l'explosion, une vague épaisse de fumée remplit le tunnel jusqu'au delà de la cheminée centrale et gagne rapidement la sortie Est. La nappe de gaz est intense et chargée d'oxyde de carbone. Des centaines de soldats tombent asphyxiés. Il est impossible, même avec des masques et des appareils respiratoires, de pénétrer dans le souterrain pour opérer le sauvetage de la garnison et des services qui s'y trouvent..."

Photo du tunnel effondré sur la voie, après l'explosion.

Le 98e RIT perd dans ce désastre le Chef de Bataillon Napoléon Guilbert, Major du tunnel, son adjudant, son ordonnance, la totalité de la 3e compagnie, et une partie de la deuxième. 
Durant son séjour à Verdun (3 mois) les pertes du régiment s'élèvent à 50 tués, 164 disparus et 716 blessés. Le régiment est réduit à deux bataillons et se replie sur le secteur de Reims.
Le général Mangin va féliciter le 98eRIT et ses morts au moment de son départ.

« N° 9.681 du groupement D. E., en date du 22 septembre 1916.

« Au moment où le 98e Régiment d'Infanterie Territoriale quitte le secteur de Belrupt, le général MANGIN, commandant le groupement D. E., se fait, auprès du colonel, des officiers et soldats, l'interprète des unités actives reconnaissantes du concours dévoué que ce régiment leur a donné. « Pendant une longue et dure période de trois mois, le 98e Régiment d'Infanterie Territoriale a apporté au service des héroïques défenseurs de Verdun tout son courage, tout son dévouement aux heures difficiles. Par un bombardement d'une intensité souvent très violente, il a assuré le ravitaillement sur le champ de bataille, a participé aux travaux des positions, a transporté les blessés, pendant les plus rudes combats. Il laisse une partie des siens sur une terre héroïque où les obus ont creusé des tombes dignes de ceux qu'elles renferment."

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« Le général commandant le groupement tient à adresser au chef de corps, avant son départ, l'attestation que le 98e Régiment d'Infanterie Territoriale a eu l'honneur de tenir sa place dans la défense de Verdun et qu'il y a rempli tout son devoir.

« Signé : MANGIN ».

Tombe familiale Siméon au cimetière de Bombon avec une plaque en souvenir d'Henri, mort à 41 ans.

Le général Mangin a rendu hommage au 98e RIT, reste à la commune de Bombon à honorer le Sergent Henri SIMÉON en inscrivant son nom sur le monument aux morts de la commune.