Correspondance sur cartes postales de la région de Nangis d'un poilu de la guerre de 14-18 avec sa famille et ses amis.

Avant de servir son pays à Nangis, Benjamin Cousteils est mobilisé le 1er aout 1914 à Montauban où il a son entreprise. Il est horticulteur et enseigne au Lycée agricole de Moissac en arboriculture fruitière. Il a créé une variété de pèches qui a reçu un prix. Il est incorporé au 132e Régiment territorial, 14e compagnie et se trouve en décembre 1914 à Casteljaloux où il suit une formation de gardien des voies de communication. Son grade est sergent-major. En 1915 il reste Sergent-Major mais passe au 130e Régiment territorial, 10e compagnie à Montfaucon et Marmande. Il arrive avec son régiment à Épinal le 22 avril 1915. Il est en Alsace pour défendre nos frontières (12e Corps d'armée et 89e division d'infanterie territoriale)

Plus d'un an plus tard il se trouve promu et affecté à proximité du terrain d'aviation militaire de Nangis les Loges et de la Gare ferroviaire de Grandpuits-Bailly-Carrois sur la ligne de Paris à Mulhouse.

À Nangis, il choisit des cartes postales de l'éditeur F. Cazabat, pour montrer à sa famille la beauté des sites qui entourent son casernement.

Château de Bois Boudran –  Carrefour de l'entrée principale.– La carte est adressée à sa fille Yette (Henriette) qui prépare un examen.

Ma chère Henriette, Vendredi 14 juillet 1916, 18h30. À l’instant j’arrive du travail. Je m’empresse avant d’aller dîner de te dire que le 17  je serai tout le temps avec toi par la pensée. Je te souhaite le succès complet. Doux gros baisers , Ton père  Benjamin Cousteils.

Chaussee-Villefermoy

Domaine de Bois Boudran – Chaussée du grand étang de Villefermoy – La carte suivante est adressée à Jane Cousteils, sa femme, qui est sage-femme à Montauban.

Vendredi 14 juillet 1916, 21 h

Ma chérie. Un tout petit mot avant d’aller me coucher. Journée mouvementée pour un 14 juillet. 72000 mètres carrés de grillage à charger. Repos demain matin. J’ai commandé tous mes services pour rester couché jusqu’à 8h s’il n’y a rien de nouveau. Ma fanfare, 1 tambour et 3 clairons a reveillé ce matin les habitants. Sitôt terminé je me suis sauvé pour éviter les trognons de choux. Les hommes ont bien travaillé, mais aussi ont été bien soignés: 1 plat au jambon, une bouteille de champagne à 4, 3 biscuits et un cigare à 0f,10c. C’était la noce ! On a de bonnes nouvelles du front anglais.  Beaucoup de grosses bises  Ton aimé Benjamin Cousteils

Villefermoy-bords-étangs

Villefermoy – Bord des étangs –

À sa femme, Dimanche 16 juillet 1916, 21h

Ma Jane Chérie,  Reçu aujourd’hui deux lettres n°86 et n°87 des 13 et 14. Avons travaillé  tout aujourd’hui, et ma foi ce soir, je suis un peu fatigué. Je n’ai pas eu le temps de me changer. J’espère toujours que les permissions arriveront demain, et qu’après demain je pourrai me mettre en route. Je prendrai à Orsay le 1er train du soir. Je n’ai pu consulter un indicateur. J’ai eu aujourd’hui une longue lettre de Massip. Encore trois jours à patienter. Grosses caresses. Ton Benjamin Cousteils

Benjamin a eu probablement une permission, quand est-il revenu au camp ? En tout cas il est de retour avant la fin du mois.

Nangis, vendredi 28 juillet 1916 –Au retour de permission

Ma Jane chérie, Me voilà revenu pour la 3e fois à mon poste. Combien de fois encore faudra-t-il se séparer ? J'ai fait un bon voyage, nullement fatigué; on est infiniement mieux que dans les trains de permissionnaires. Arrivé à la gare de l’Est à 10 heures. J’ai déjeuné et j'ai pris la ligne de Troyes à 12h50. Je viens de mettre de l’ordre à mon paquetage, car j’avais tout emballé et demain matin je serai prêt à prendre mon service à 5h15.  Si j’avais voulu aller voir Clément (un cousin établi à Paris), je n’aurai pu rentrer qu’à 10 h. Je trouvai que c’était un peu tard. Il n’y a pas eu grand chose à faire, parait-il. Si celà continuait je verrais de demander une permission de la journée et irais passer une visite chez lui. (nous n'avons pas la suite du texte)

Champbrûlé-hiver-1916

Château de Champbrûlé - Ce château appartient à la famille Hottinguer, banquier qui finança la construction de la ligne de chemin de fer de l'Est.

Dimanche 30 juillet 21h

Ma Jane chérie, Un mot avant d’aller me coucher. J'ai reçu aujourd’hui ta lettre, ainsi que celle de Yette (Henriette). Je travaille aujourd’hui avec une section. Chargé seulement un wagon, puis repos. Sitôt déjeuné je suis parti avec Favre, mon collègue Poupleou, Lafleur et Garrigues comme conducteur avec un de nos beaux chevaux et une belle voiture capotée que l’on nous a prêtée, à la cueillette de champignons. De retour 7 heures avec un grand pannier de cèpes, sitôt arrivés, sitôt je me couche au galop, car demain matin à 5h,.. à l’oeuvre pour les faire cuire; qu’ils étaient bons ! Il y en a encore pour demain. Je me couche au galop, car demain à 5heures rassemblement. J’ai six wagons à faire avant de déjeuner. Parfait le geste des instituteurs et professeurs, ils se sont considérés touchés comme les élèves tombés au B.E. Mais tout de même Auch détient le record des records. Il fait un temps délicieux. Mon avion est parti à 11 heures ce jour. La photo de celui ayant atteri avant moi, départ en permission. J’y suis photographié. Essaie de m’y trouver.  Je t’embrasse comme je t’aime. Tu sais combien! Ton Benjamin Cousteils

benja-Nangis-30juillet-1916 Il s'agit probablement d'un biplan bimoteur Caudron 4. On constate une avarie sur une pale d'hélice. À droite sur un cheval, probablement le chef de corps du 130e RIT. Un sous-officier mécanicien est perché. Benjamin se trouve en avant du prêtre en soutane.

La correspondance se poursuit le lendemain:

Chateau-des-Moyeux-1916

Chateau de Moyeux-  Edition Breger frères.

Mardi 1er aout 1916, 18h

Ma Jane chérie, J'arrive à l'instant de l'exercice et avant de dîner t'adresser .... afin que tous les jours tu aies des nouvelles. Deux ans aujourd'hui ! J'étais à mon poste de la ferme de Lestrade. Deux ans !!! Quel bout à notre âge et dire qu'il faudra encore en consacrer très probablement une autre.

Certes je ne me plains pas, n'ayant pas le droit de me considérer comme un malheureux, n'ayant jamais souffert que de la séparation. Enfin patience, ma Jane chérie !

Il fait toujours très beau et chaud, je suis bien aise d'avoir mon costumier .... Et toi, ne souffres-tu pas trop de cette chaleur qui t'éprouve tant. Je n'ai pas eu de lettre aujourd'hui. L'artillerie doit faire rage car avec le vent du nord dominant on entend le canon gronder d'une façon incessante. J'ai hâte d'être à demain pour avoir le plaisir de te lire. Beaucoup, beaucoup de baisers de toi. Benjamin Cousteils

Champbrulé-mare 

Château de Champbrûlé -

Jeudi 3 aout 1916, 6h

Ma Jane chérie, Je rentre à l'instant de l'exercice. Je t'adresse un petit mot avant d'aller dîner. Je me suis puni, je me suis mis à la diète, je ne me suis permis que de l'eau. Je vais prendre un peu de bouillon, manger un oeuf et une tasse de camomille pour noyer le tout. Ce matin, j'enviais l'oncle Marcoussis, qui ne peut avoir mal aux cheveux. Je técrirais longuement demain. Les libations obligatoires d'hui au soir ont trop alourdi mon cerveau.

... les grosses caresses de ton Benjamin Cousteils

Armee-Benja-2 Correspondance des Armées de la République - Cdt Fournès, 130e Territorial, Etat Major 3e Bataillon au Sous/Lieutenant Cousteils, 10e Cie - Nangis - Ce 4 Aout 1916. 

Mon cher camarade, Recevez à l'occasion de votre nomination au grade de sous-lieutenant à titre définitif, ses plus amicales félicitations et l'expression des regrets bien vifs que j'éprouve en me séparant d'un collaborateur aussi sympathique et aussi dévoué. Bien à vous Fournier.

Samedi 18h45

Ma Jane chérie,(dix minutes avant d'aller à la soupe). J'ai reçu deux lettres, aujourd'hui 5 et 6 des 2 et 3 aout. Parfait la détermination de Yette. Le souci pécuniaire que tu pouvais avoir et que tu .. disparait puisque ma situation s'est avantageusement transformée... La chaleur est moins forte aujourd'hui, bien qu'il n'ait pas plu d'aujourd'hui. J'ai fait ce matin 2h et demi de cheval sur une bête très grande... il me faut un escalier pour pouvoir mettre le pied dans l'étrier. La bête est très douce, presque un cheval de bois. Henriette est-elle contente d'aller à Saint-Martial ? Tu présenteras à l'occasion mes voeux à la famille Garrigues, pour le rétablissement du jeune Falix. Souvenirs à Albert, je ne le savais pas à Montauban. Bien des choses à toute la maisonnée. Les grosses bises à toi  ma Jane chérie. Ton Benjamin Cousteils

Chapelle-Rabelais-1916

La chapelle Rablais - Les Moyeux, Pavillon du jardinier

Sous-lieutenant-Benjamin-Cousteils

Le 7 aout 1916, 21h

Ma Jane chérie, Un mot avant d'aller me coucher, ce qui me tarde. Je suis debout depuis ce matin 3h à cause du départ du détachement, ce qui fait la journée un peu longue. Je m'en étais donné et de plus je suis encore courbatu de la séance d'équitation. Tout aujourd'hui j'ai eu à réorganiser le restant de la Cie. Monsieur Calabès a le bonheur d'avoir sa femme depuis samedi et ma foi il est comme de juste un peu à elle. J'ai bien reçu aujourd'hui tes deux lettres des 4 et 5, N°7 et 8.

Tu ne t'étais pas douté, pas plus que moi du reste, que lors de ma permission, j'étais promu. Ma promotion date du 5 juillet. J'ai fait demander l'Officiel à la Mairie aujourd'hui même et j'ai pu voir que c'était à la date du 5 Juillet. J'ai reçu ce matin une carte du Cdt Fournès. Je lui ai écrit  ce matin. Je ne sais toujours rien de mon affectation. L'officiel porte du 136e territorial. Je te laisse ma chérie, et vais me reposer, s'il n'y a rien de nouveau je reste couché jusqu'à 6 heures. Bien des choses à tous et de grosses caresses par la pensée à ma Jane chérie. Benjamin Cousteils.

BOISBOUDRAN-Grille-1916

Chateau Bois Boudran - Grille d'honneur

Ce 11 aout 1916

Ma Jane chérie, Sans lettre aujourd’hui ! Occupée sans doute tu n’as pu être à moi. J’espère en demain. Toujours meme situation. Non définie pour moi. Tout laisse supposer qu’il en serait comme je t’ai dit. Depuis dimanche, rien déchargé ni chargé; on attend quelques wagons qui ne viennent pas.

J'ai fait 4 heures de cheval ce matin. Itinéraire: Villeneuve les Bordes,  château de Curoy, la Chapelle Rabelais et retour. Ne t’inquiète pas à ce sujet, si je vois que cela me fatigue je l’abandonnerai. Je me suis mis d’accord avec l’off. de détail. Qui m’a envoyé 170f de plus. T’enverrai mandat poste demain. Pour aujourd(hui tu n’auras que des bises et combine grosses ! Ne m’oublie pas auprès de la maisonnée Ton B Cousteils.

Nangis-1916_place

Nangis, Place du commerce

Cent ans plus tard, la place s'appelle Dupont-Perrot, elle est devenue un parking automobile. Les anciennes halles à droite ont été remplacées par la Poste et d'autres halles construites plus à droite.

Place_Dupont_Perrot28 Cependant les jours de marché, les véhicules laissent leurs places aux commerces

Samedi 12 aout 1916 21h

Ma Jane chérie, Un mot avant d'aller au lit. J'ai eu du travail aujourd'hui (7h15 - 19h 15). J'étais encore à la gare à faire grouiller mes poilus; peutêtre demain aurons nous repos si rien n'arrive. J'ai bien reçu tes deux lettres, 9 et 10, ainsi que celle de Yette. J'ai fait prendre un mandat lettre par le vaguemestre, mais je n'ai pu le voir ce soir; j'ai été trop occupé. Je n'avais aujourd'hui ni sergent, ni adjudant. Je mettrais le mandat dans ma lettre de demain. Ce soir je ne puis y mettre que de bien gros baisers pour ma chérie. Ton Benjamin Cousteils.

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Étang de Villefermoy Plages des baigneurs

Lundi 14 aout 1916, 21h

Ma jane chérie, Un mot avant d’aller me coucher. J'ai eçu ce matin ta lettre du 11 n°14, que le vaguemestre m’a apporté au parc. Cet après midi il n’y avait rien à faire, aussi à 2 heures je suis parti avec mon ami Pougleau, adjudant , faire une partie de pêche à l’écluse de l’étang ci-contre. Sommes rentrés à 7h20 avec  au moins 5 livres de perches et de gardons qui nous serviront de déjeuner demain matin. C’est donc te dire que nous avons passé une après midi délicieuse. Técrirai une longue lettre demain. Embrasse la maisonnée pour moi. Grosses caresses de ton Benjamin Cousteils.

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Chateau de Bois-Boudran

Mercredi soir 16 aout 1916, 22h

Ma Jane chérie, 

Je viens d’écrire à Henriette. Je ne sais si elle te montrera la lettre, je crains que non. Elle contient des reproches et alors… J’ai reçu ce matin sa lettre du 12 avec une photo, mais rien de toi ma chérie; j’avais eu deux lettres hier. On travaille dur de ce moment-ci. Je ne quitte pas le parc de 6h du matin à 7h du soir.  Le temps n’est pas trop chaud, présentement il pleut. Et demain, le plaisir de te lire. Je te laisse en t’embrassant de tout mon coeur. Ton Benjamin Cousteils

Samedi soir 21h 30 (19 aout)

Ma Jane chérie,

J’ai ta lettre du 17 n°20. Ravi d’apprendre qu’Henriette fasse un effort personnel. Je ne m’inquiete pas tout à fait car tu la surveilleras pour voir si cela ne la fatigue pas trop.  Je crois avoir déjà dit avoir reçu la photo en question. J’ai eu aussi un mot de Mme Roquelaure ; lui répondrai lorsque nous serons revenus à la normale. Je suis un peu fatigué ce soir et vais trouver le lit bien bon. Demain debout à 5h.

Les hommes sont très bien à Valentigney et n’ont presque rien à faire pour le moment. Ça différe avec Nangis pour le moment. S’il n’y a pas d’av  mardi tout se calmera. Du reste les hommes n'y tiendraient pas. Il faut du doigté et de la poigne pour obtenir ce rendement. Merci d'avoir prévu les melons. Bonsoir et grosses bises. Ton Benjamin Cousteils

Dimanche 21h30

Ma Jane chérie,

Reçu ta lettre du 18.8 n°21

Notre poussée touche à sa fin. Demain à midi tout sera prêt à partir et je crois que nos poilus auront l’après midi un repos bien mérité. J’écris un mot à Henriette et lui envoie un petit billet pou l’encourager et faire diversion. Je suis un peu fatigué seulement; pas trop tout de même. Mme Calabes est partie ce matin. Tant mieux qu’il y ait des patates à Beausoleil. Tu ne me dis pas combien, ni si elles sont belles.

Lundi 21 aout 1916

Ma chérie,

Avons terminé notre chargement. Demain repos. Reçu les melons et une paire de chaussettes. On a entamé le melon qui commençait à s’ouvrir; il etait supérieurement délicieux.

Merci au nom de tout le monde, meme du commissionaire qui m’a dit que je lui en avais donné deux.. Je ferai le “fashionable” avec les chaussettes. J’ai commandé ma tenue et une paire de chaussures. Je ne sais toujours rien au sujet de mon affectation.. Le Cdt va venir nous voir un de ces jours.

Mercredi 23 aout 1916

Ma Jane chérie,

La poste m’a fait faux bon.aujourd’hui pas de lettre de personne. Avons repris le travail normal. Nous allons avoir je crois une période de calme jusqu’à la fin du mois.

Mes coliques ont disparu et je suis tout à fait bien. J’avais oublié de te dire qu’il y a quelques jours je suis arrive tout seul à arracher ma dent, la canine qui branlait et qui finissait par m’agasser. A demain la joie de te lire. Embrasse ta mere pour moi et garde pour toi les meilleures bises de ton Benjamin Cousteils

Jeudi 24 aout 1916,

Ma Jane chérie,

Avalanche de lettres aujourd’hui. Ce matin la lettre de ta mère au courier de 8h et à 1h ta lettre  et en plus une lettre d’Henriette !

Suis allé cet après midi en excursion à bicyclette avec l’ami Pougleau. Avons rapporté une musette pleine de girolles. On a beaucoup causé ce soir jusqu’à 9h (21h du moins).

Demain je suis de jour et il y a du materiel qui arrive. Je te demande la permission d’aller au lit. J’écrirai demain plus longuement.

Remercie et embrasse ta mère pour moi. Grosses caresses à ma Jane de son Benjamin Cousteils

Samedi 26 aout 1916

Ma Jane chérie,

J’ai eu ce matin deux lettres de toi 23 et 24 aout. N’ai pas fait ressemeler mes bottines. Ces temps derniers tout le monde travaillait à la gare, voire même le cordonnier. Je vais le lui faire faire cette semaine, lorsqu’il aura avancé les réparations aux chaussures des hommes. J’ai étrenné les chaussettes ce matin, elles sont épatantes. Je crois bien que si j’avais eu le Bonheur de partager ta solitude, c’est moi qui t’aurait certainement fait les plus grosses caresses. Mais hélas il n’en est rien!

Je reçois à l’instant un mot de Clément qui m’annonce sa visite pour demain au train de 11h24.  De pied ferme j’attends la lettre de M. Demarty et souhaite à Mme Demarty une heureuse délivrance, si ce  n’est fait. Si tu vois Mr Gautier, rappelle moi à son bon souvenir. Je te couvre de baisers. Ton Benjamin Cousteils

Dimanche 27 aout 1916

Ma Jane chérie,

Clément est arrivé au train de 11h24. Nous avons passé toute la journée ensemble. Il vient de repartir par le train de 22h14, qui n'est passé à Nangis qu'à 22h30. Je le plaignais de le voir partir, car surement à Paris, il n'aura trouvé aucune véhicule pour se faire conduire de la Gare de l'Est à l'abvenue Marceau. Il était obligé de rentrer. Sa femme est à Huirson en Champagne et il leur fallait ouvrir la boutique. Clément y était ces jours derniers et y a laissé sa femme qui doit renrer sous peu à Paris. Ils reviendront tous les deux me voir si je suis encore là. Je n'ai pas eu de lettre hier. Je t'embrasse aussi fort que je t'aime. Ton Benjamin Cousteils..

Son ami Calabès lui écrit, alors qu'il n'est plus à Nangis.

19 septembre 1916

Mon cher Cousteils, J'arrive de permisssion. Pougleou m'a donné connaissance de la lettre que vous lui avez adressé. Vos chaussures ont été expédiées le 5 septembre à l'adresse: Mr Cousteils, Sous-Lieutenant au 46e Territorial, 5e Cie Secteur Postal n°3. Je joins à ma carte le reçu de la somme pour l'expédition. Je pense que vous ne tarderez pas à les recevoir. Nous avons reçu un Adjudant venant du dépôt nommé Julien Lucien, employé de communication à Toulouse chez Dubonnet. Il dit vous connaitre étant originanire de Montauban. Rien d'extraordinaire si ce n'est les averses et pluies très fréquentes. Les vignes sont très belles dans le Bordelais. Bien à vous Calabès.

28 septembre 1916

Mon cher Cousteils. J'ai reçu votre charmante lettre et son contenu, la somme que vous m'avez envoyé. Je suis très content que vous ayez reçu vos bottines. Cela me donnait déja mal à penser. Rien de très important ici, si ce n'est mon opération dentaire que je viens de supporter qui m'a tenu 1h 1/2 sur un fauteuil qui est loin d'être un présidentiel. Je suis encore mort de faiblesse, mais aucune douleur. Suis allé en permission six jours. Toujours trop court. Au revoir. Calabès.

Benjamin est ensuite affecté au 46e territorial dont le 1er Bataillon effectue des Travaux en gares de Givry en Argonne, Somme-Tourbe, Connantre, Troyes, Linthes. Il reviendra dans son foyer la guerre terminée.